TABLEAU HISTORIQUE ET PITTORESQUE DE PARIS DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS (VOLUME 2/8)

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Ces religieuses n’avoient été gouvernées, dans les commencements, que par une prieure triennale; mais depuis l’an 1682 elles eurent une abbesse, sous la juridiction de l’ordinaire, entretenant cependant confraternité avec les chanoines réguliers de la congrégation gallicane.

Leur monastère, long-temps connu sous le nom de Notre-Dame de la Paix, prit le nom de Sainte-Perrine de Chaillot, lorsqu’en 1746 on y réunit l’abbaye de Sainte-Perrine de la Villette. Cette communauté étoit ordinairement composée de quarante-cinq religieuses. Elles portoient l’aumuce noire mouchetée de blanc, ce qui fut remarqué comme une nouveauté très-extraordinaire, parce que les aumuces avoient été autrefois données aux hommes pour couvrir leurs têtes, et que les religieuses ont toujours eu des voiles pour cet usage.

L’église de ce monastère ne pouvoit pas être considérée comme un monument; on voyoit sur le maître-autel une Adoration des rois, par Monnier.

POMPE À FEU.

En descendant des hauteurs de Chaillot, on se retrouve sur le bord de la rivière, à l’extrémité du Cours-la-Reine. Suivant ensuite le quai jusqu’à la barrière dite des Bons-Hommes, on rencontre encore deux établissements publics: une des pompes à feu qui fournissent de l’eau aux fontaines et aux maisons de Paris, et la manufacture de tapis de la Savonnerie.

Un petit bâtiment carré d’une forme très-élégante, et ombragé de peupliers et d’acacias, contient tout l’appareil de la pompe à feu, dont nous allons donner une courte description.

Cet établissement a été formé par MM. Perrier frères, habiles mécaniciens, qui en ont été long-temps les propriétaires[600]. Un canal de sept pieds de large, construit sous le chemin de Versailles, introduisoit d’abord l’eau de la Seine dans un bassin bâti en pierres de taille, et dans ce bassin étoit plongé le tuyau d’aspiration des pompes. Depuis on a comblé le bassin, et abandonné le canal qu’on a remplacé par des tuyaux à embouchures recourbées qui se prolongent jusqu’au milieu de la rivière. La pompe à feu, laquelle est de la plus grande proportion connue, placée dans l’édifice dont nous venons de parler, communique avec ces tuyaux, et fait monter en vingt-quatre heures environ quatre cent mille pieds cubes d’eau[601] dans des réservoirs construits sur la montagne de Chaillot, laquelle est élevée d’environ cent dix pieds au-dessus du niveau de la rivière. Ces réservoirs dominent ainsi les quartiers du nord de la ville, et l’eau qu’ils fournissent peut y être distribuée dans tous les édifices qu’ils contiennent, sans exception.

[Note 600: Il est maintenant administré par le
gouvernement.]
[Note 601: Ce qui fait quarante-huit mille six cents muids
d'eau.]

On reçoit ces eaux, qui sont très-salubres, au moyen d’un abonnement assez modique. Elles coulent à des heures réglées par un nombre infini de canaux dans l’intérieur des maisons, et s’élèvent, dans la plupart des quartiers, à douze et quinze pieds au-dessus du pavé. Des robinets de décharge placés dans les rues où sont les canaux de distribution, y font jaillir à volonté la quantité d’eau nécessaire pour les nettoyer dans toutes les saisons; des réservoirs ont été établis dans les principaux quartiers, à l’effet de fournir avec rapidité une abondance d’eau suffisante pour éteindre les plus violents incendies; enfin il a été construit des fontaines de distribution pour les porteurs d’eau; et au total, cet établissement, administré avec zèle et intelligence, peut être considéré comme un des plus utiles de Paris[602].

[Note 602: _Voyez_ pl. 67.]

MANUFACTURE ROYALE

DE LA SAVONNERIE.

Cette manufacture est placée dans un grand et vieux bâtiment, à peu de distance de la barrière. On y fabrique, à la façon de Perse, des tapis qui sont très-renommés, et dont on fait, depuis long-temps, un usage habituel chez les princes et dans les maisons royales. Ce n’étoit, jusqu’en 1604, qu’une simple fabrique, laquelle fut érigée, à cette époque, en manufacture royale par Marie de Médicis, en faveur de Pierre Dupont, inventeur des procédés employés dans la confection de ces tapis. Il fut mis à la tête de cet établissement avec le titre de directeur. Simon Lourdet lui succéda en 1626; l’un et l’autre réussirent si bien dans les ouvrages exécutés sous leur direction, que cette industrie leur mérita la faveur alors très-grande d’obtenir des lettres de noblesse.

Les ateliers de cette manufacture avoient d’abord été établis au Louvre: ce fut par un ordre de Louis XIII qu’ils furent transférés à Chaillot, dans une maison dite de la Savonnerie[603], parce qu’auparavant on y faisoit du savon. Cette translation se fit en 1615.

[Note 603: La représentation que nous en donnons est rare,
et date de ces premiers temps. Le bâtiment, en lui-même, n'a
rien qui mérite l'attention, mais il est curieux de voir
quel étoit alors l'état d'un endroit aujourd'hui très-peuplé
et couvert de maisons. La manufacture de la Savonnerie y
paroît isolée dans une vaste plaine: on aperçoit derrière, à
une certaine distance, le village de Chaillot, et à droite
les derniers arbres du Cours-la-Reine, qui étoit encore hors
de la ville. Il paroît que les quais se prolongeoient déjà
jusqu'à cette distance au-delà des murs. _Voy._ pl. 69.]

C’est le seul établissement de cette espèce qu’il y ait en France; et, sous plusieurs rapports, il mérite d’être vu. La chaîne des ouvrages qu’on y fabrique est posée perpendiculairement, comme aux tapisseries de haute-lice, mais avec cette différence qu’à ces dernières l’ouvrier travaille du côté de l'envers, tandis qu’à la Savonnerie il a devant lui le côté de l'endroit, comme dans les ouvrages de basse-lice.

Les bâtiments de cette manufacture furent réparés en 1713 par ordre du duc d’Antin, alors directeur des bâtiments et manufactures du roi. Une inscription gravée sur un marbre noir placé au-dessus de la porte d’entrée rappeloit l’époque de cette réparation.

La chapelle de la Savonnerie étoit fort simple, et sous l’invocation de saint Nicolas: elle offroit aussi sur son portail l’inscription suivante, qui nous a semblé singulière:

«La très-auguste Marie de Médicis, mère de Louis XIII, pour
avoir, par sa charitable munificence, des couronnes au ciel comme
en la terre, par ses mérites a établi ce lieu de charité, pour y
être reçus, alimentés, entretenus et instruits les enfants tirés
des hôpitaux des pauvres enfermés; le tout à la gloire de Dieu,
l'an de grâce 1615.»

Les tapis que la manufacture de la Savonnerie étale tous les deux ans, à l’exposition publique que font les manufactures royales des produits de leur industrie, sont maintenant, pour l’éclat des couleurs, pour la perfection du dessin, pour la beauté du tissu, d’une perfection que rien n’égale en ce genre, et qui ne semble pas pouvoir être désormais surpassée.

MONASTÈRE

DE LA VISITATION DE CHAILLOT.

Ce couvent, situé à mi-côte de Chaillot, et à l’extrémité de ce village, étoit le dernier établissement public que l’on rencontrât dans le quartier que nous décrivons.

Il avoit été fondé par Henriette-Marie de France, fille de Henri IV et veuve de Charles Ier, roi d’Angleterre. Cette princesse ayant obtenu, par lettres-patentes enregistrées au parlement le 19 janvier 1652, l’autorisation nécessaire pour établir, dans la paroisse de Chaillot, un couvent de religieuses de la Visitation, y fit, à cet effet, l’acquisition d’une grande maison, bâtie par la reine Catherine de Médicis, et qui avoit appartenu, après sa mort, au maréchal de Bassompière[604]. Les mémoires du temps disent qu’après y avoir installé ces saintes filles, Henriette demeura quelque temps avec elles, se soumettant à toutes les pratiques de la vie religieuse, et édifiant la communauté entière par la sainteté de sa vie.

[Note 604: Sous Henri IV on la nommoit la maison de
_Grammont_.]

Quelques années après leur établissement à Chaillot, les religieuses de la Visitation, déjà reconnues dames du lieu, obtinrent l’amortissement du château de ce village, de la maison du jardinier, jardin et bois clos de murs, avec la haute justice, sans être tenues de payer finances[605]. Ces droits leur furent accordés par lettres du mois de septembre 1656.

[Note 605: L'abbé Lebeuf ajoute: _mais seulement homme
vivant et mourant pour cette haute justice_. Cette phrase,
de style de jurisprudence, signifie que l'acquéreur
_main-mortable_, lorsqu'il achetoit un immeuble pour lequel
on ne vouloit pas qu'il jouit des avantages de la
_main-morte_, étoit alors obligé de fournir un homme qui
payoit les droits de mutation, et étoit censé le
propriétaire de l'acquisition. À sa mort, on en substituoit
un autre à l'effet de perpétuer le paiement des mêmes
droits.]

Leur maison fut depuis considérablement augmentée; et dans l’année 1704 Nicolas Fremond, garde du trésor royal, et Geneviève Damond sa femme, firent rebâtir entièrement l’église[606]. Le coeur de cette dame y étoit déposé.

[Note 606: Cette église étoit d'une très-mauvaise
architecture; le comble n'avoit aucune proportion avec le
reste du bâtiment, ce qui produisoit un effet d'autant plus
choquant, que, par sa situation, on l'apercevoit de
très-loin. L'église et le couvent ont été entièrement
détruits pendant la révolution; et sur le terrain adjacent
on avoit commencé à élever le palais dit du _Roi de Rome_.
On achève en ce moment la démolition de ces premières
constructions et le nivellement de ce terrain.]
TABLEAUX ET SÉPULTURES.
Dans la chapelle dite de Saint-François de Sales, un tableau de
_Restout_, représentant madame de Chantal et ses religieuses en
prières devant l'image de ce saint.
Dans le choeur de l'église étoient déposés le coeur de Henriette
de France, reine d'Angleterre, fondatrice de cette maison; ceux
de son fils, Jacques Stuart II, roi d'Angleterre, et de
Louise-Marie Stuart, fille de ce prince, morte au château de
Saint-Germain-en-Laye le 7 mai 1718.

MONASTÈRE

DES MINIMES DE CHAILLOT.

Ce monastère, situé à mi-côte de la montagne de Passy, à peu de distance du couvent de la Visitation, étoit hors des murs de Paris. Cependant nous croyons devoir en faire mention dans cet ouvrage, non-seulement parce qu’il dépendoit de la paroisse de Chaillot, renfermée dans la ville, mais encore parce qu’il fut la première maison qu’ait possédée en France l’ordre des Minimes, et que par conséquent son histoire se rattache à celle des religieux de cette observance, qui avoient leur habitation près de la Place-Royale.

L’ordre dont nous parlons fut institué dans la Calabre par François Marotille, vers l’an 1346, sous le nom d'Ermites de Saint-François d’Assise. Ce saint fondateur, connu depuis lui-même sous le nom de François de Paule, du lieu de sa naissance, avoit voulu, par celui de Minimes qu’il donna à ces religieux, leur rappeler sans cesse l’humilité dont ils devoient faire profession[607].

[Note 607: Ces religieux étoient aussi connus sous le nom de
Bons-Hommes. Quelques-uns pensent que ce nom leur fut donné
parce que Louis XI appeloit François de Paule le
_Bon-Homme_. D'autres croient que c'étoit une dénomination
commune à tous les _Ermites_. En effet, Louis VII avoit déjà
fondé, en 1164, et établi dans le bois de Vincennes, un
monastère de l'ordre de _Grandmont_, dont les religieux
étoient vulgairement appelés _Ermites_ ou _Bons-Hommes_.
Cette maison, richement dotée par les libéralités de ce
prince et de plusieurs autres illustres personnages, passa,
par un échange, aux Minimes du couvent de Nijon, qui y
envoyèrent, en 1585, un certain nombre de religieux,
lesquels prirent alors le nom de _Minimes de Vincennes_.]

Louis XI, instruit par la renommée des vertus apostoliques et de la vie édifiante de François de Paule, le fit venir en France en 1482, espérant, dans les terreurs superstitieuses qui l’agitoient à ses derniers moments, obtenir par les prières d’un si saint personnage la guérison de la maladie dont il étoit affligé. Il le reçut avec un respect qui ressembloit à une espèce de culte[608], et lui donna dans le château du Plessis-lès-Tours, où il faisoit sa résidence, un logement pour lui et pour les religieux qui l’avoient accompagné. Charles VIII honora également les Minimes de son estime et de sa protection, et leur fit bâtir à Tours un couvent, où le saint fondateur mourut le 2 avril 1507. Il fut canonisé par Léon X le Ier mai 1519.

[Note 608: En l'abordant il se jeta à ses pieds, et lui dit:
_Saint homme, si vous voulez, vous pouvez me guérir_.
François de Paule l'exhorta à mettre sa confiance dans la
Providence divine, et promit le secours de ses prières;
toutefois, malgré les vives instances du roi, il ne voulut
jamais faire d'autre prière à Dieu, sinon que son adorable
volonté fût accomplie. Ce saint moine, sachant ce que ce
monarque attendoit de lui, avoit long-temps refusé de
quitter sa solitude; il répondit au roi de Naples, dont
Louis XI avoit employé la médiation, qu'il n'iroit pas
trouver un prince qui commenceroit par lui demander un
miracle. Enfin il fallut un ordre du pape pour le déterminer
à faire un tel voyage.]

Anne de Bretagne, épouse des rois Charles VIII et Louis XII, voulant fonder un couvent de cet ordre, fit don aux disciples de Saint-François de Paule de la maison royale située à Chaillot, qu’elle tenoit de ses ancêtres les ducs de Bretagne, laquelle étoit appelée manoir de Nijon, ou hôtel de Bretagne[609]. Cette fondation fut faite en 1493. Peu de temps après (en 1496) elle y ajouta un hôtel contigu, contenant un enclos de sept arpents, et une chapelle sous le titre de Notre-Dame de toutes grâces. Enfin, voulant mettre le comble aux faveurs qu’elle leur avoit accordées, cette princesse donna les premiers fonds nécessaires pour la construction de l’église qui existoit encore avant la révolution. Cet édifice, commencé à cette époque, ne fut terminé que vers l’an 1578, sous le règne de Henri III, et dédié sous le même titre que l’ancienne chapelle.

[Note 609: _Voyez_ p. 1041.]

C’étoit un bâtiment assez grand, orné de boiseries et de pilastres ioniques. Le monastère, très-vaste et bien situé, pouvoit contenir cent religieux.

CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES MINIMES DE CHAILLOT.
TABLEAUX.
Dans l'avant-choeur, quatre tableaux de _Sébastien Bourdon_,
représentant:
Le premier à droite, la Décollation de saint Jean.--Sur l'autel à
côté, le baptême de N. S.--Dans la chapelle à gauche, une sainte
Geneviève repoussant, avec l'aide d'un ange, le démon qui veut
éteindre son cierge.--Sur le lambris qui étoit auprès, la même
sainte prosternée aux pieds de saint Germain, évêque d'Auxerre,
qui lui donne une médaille.
Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption.--Dans celle de
Sainte-Marthe, Louis XI recevant saint François de Paule, sans
nom d'auteur.--Parmi plusieurs tableaux qui se trouvoient dans la
sacristie, on remarquoit une très-belle adoration des bergers,
par _La Hyre_.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans la chapelle de la Vierge étoit le mausolée du maréchal et
vice-amiral Jean d'Estrées, mort en 1707. Sur le sarcophage,
terminé des deux côtés en proue de vaisseau, on voyoit un Génie
appuyé sur des palmes et des trophées, et tenant un médaillon qui
offroit en bas-relief le portrait du maréchal et celui de son
épouse, Marie-Marguerite Morin, morte en 1714. Le coeur de cette
dame étoit déposé dans le même tombeau.
Dans la chapelle de Sainte-Marthe, on voyoit le mausolée de
Françoise de Veynes, ou Veyni, épouse du fameux chancelier et
cardinal Antoine Duprat.
Les autres personnages remarquables enterrés dans cette église
étoient:
Jean d'Alesso, petit-neveu de saint François de Paule, mort en
1572.
Marie de La Saussaye son épouse.
Magdeleine d'Alesso, femme de Pierre Chaillot, secrétaire de la
chambre du roi, morte en 1583. Il y avoit dans cette église une
chapelle destinée à la sépulture de cette famille.
Olivier Lefebvre, seigneur d'Ormesson et d'Eaubonne, mort en
1600.
Anne d'Alesso son épouse, morte en 1590.
François Jourdan, professeur royal en hébreu dans le dix-septième
siècle[610].
[Note 610: L'église a été détruite, et le couvent changé en
manufacture.]

HÔTELS.

Les quartiers neufs, où l’on pouvoit disposer plus facilement de vastes emplacements, et surtout ceux où étoient situées les maisons royales, furent bientôt couverts, comme nous l’avons dit, d’hôtels magnifiques, habités par les personnages que leur rang et leur opulence appeloient aux premières charges de l’État, et obligeoient à une grande représentation. Un nombre considérable d’habitations de ce genre s’élevèrent autour du palais des Tuileries dès son origine, et plusieurs même devinrent célèbres dans l’histoire de Paris. Nous avons rassemblé ce qui reste de traditions curieuses sur ces anciens édifices, dont plusieurs ont été détruits; et nous donnerons en même temps la nomenclature exacte, et quelquefois la description de ceux qui ont été successivement élevés jusque dans les derniers temps de la monarchie.

ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.

Hôtel de Rambouillet.

Dans les treizième et quatorzième siècles, les seigneurs de Rambouillet avoient déjà à Paris plusieurs hôtels qui portoient leur nom. Deux sont particulièrement connus et remarquables. Le premier, habité par leur famille jusqu’en 1606, et situé dans l’endroit même où le cardinal de Richelieu fit construire depuis le Palais-Royal, avoit sa principale porte placée précisément à l’endroit où est maintenant le grand portail de ce palais. Cet édifice, sans régularité et sans symétrie, étoit très-vaste, et s’étendoit jusqu’aux anciennes murailles de la ville.

Plusieurs personnages illustres de la famille d’Angennes de Rambouillet, cardinaux, évêques, gouverneurs de provinces, chevaliers des ordres du roi, habitèrent successivement cet hôtel, depuis la fin du quatorzième siècle jusqu’à celle du dix-septième. Il fut vendu en 1624 pour la somme de trente mille écus au cardinal de Richelieu, qui le fit abattre et entrer dans les constructions du Palais-Royal.

Le second hôtel de Rambouillet[611], situé dans la rue Saint-Thomas du Louvre, près de l’hôtel Longueville, s’étendoit de là jusqu’au jardin de l’hôpital des Quinze-Vingts. Cet hôtel, qui avoit été connu successivement sous les noms d’hôtel d’O, de Noirmoutiers, de Pisani, prit celui de Rambouillet, lorsque Charles d’Angennes, marquis de Rambouillet, qui avoit épousé mademoiselle de Vivonne, fille du marquis de Pisani, vint s’y établir après la mort de son beau-père. Il le fit depuis presque entièrement rebâtir.

[Note 611: Jaillot semble avoir confondu ces deux hôtels; du
moins ce qu'il en dit est si succinct et si embrouillé,
qu'il est difficile de le bien comprendre.]

L’esprit, les grâces, les connoissances variées de Catherine de Vivonne, son goût pour tout ce qui avoit rapport aux sciences et aux lettres, attirèrent dans son hôtel tous les gens d’esprit de la cour et de la ville. Il s’y forma une espèce d’académie; les poëtes, les romanciers du temps s’empressèrent de célébrer cette illustre dame et de chanter les lieux qu’elle embellissoit de sa présence. Mademoiselle Scudéry, dans son roman de Cyrus, donna la description exacte de l’hôtel de Rambouillet, qu’on y reconnoît sous le nom de palais de Cléonime; ailleurs il est appelé le palais d’Arthenice. Ce nom, dont Malherbe étoit l’auteur, formoit l’anagramme de celui de Catherine, nom de baptême de la marquise. Enfin, la maison de cette dame étoit si renommée dans la république des lettres, qu’elle fut long-temps appelée le Parnasse français. Ceux qui n’y étoient pas admis auroient vainement prétendu à la célébrité, et il suffisoit d’y avoir entrée pour être compté parmi les beaux esprits du temps.

La société de l’hôtel de Rambouillet ne fut pas exempte des défauts inhérents pour ainsi dire à ces sortes de réunions; elle donna dans le pédantisme et dans une ridicule affectation de bel esprit, qui passa des écrits dans le langage, travers dont Molière fit justice dans sa comédie des Précieuses ridicules. Néanmoins on convient généralement que cette société, en réveillant le goût des lettres, prépara les voies aux célèbres auteurs du grand siècle. Il n’est pas de notre sujet de nous étendre davantage sur les assemblées littéraires qui donnèrent tant d’éclat à cet hôtel. Nous revenons à sa description.

Cet édifice, construit en briques, étoit décoré d’embrasures, de corniches, de frises, d’architraves et de pilastres de pierre[612]. Le corps du bâtiment formoit quatre grands appartements: le plus considérable étoit occupé par la marquise, qui y recevoit sa savante compagnie dans un superbe salon, dont la tenture étoit en velours bleu rehaussé d’or et d’argent. (Il est souvent parlé de cette salle dans les oeuvres de Voiture, sous le nom de la chambre bleue.) Les fenêtres, dont l’ouverture prenoit depuis le plafond jusqu’en bas, laissoient jouir, sans obstacle, de l’air, de la vue et de la promenade du jardin, qui se trouvoit de niveau et contigu à cet appartement. Ce genre de croisées étoit surtout ce qui excitoit l’admiration: car, si nous en croyons Sauval, c’étoit la marquise de Rambouillet qui avoit fourni aux architectes l’idée de cet embellissement inconnu jusqu’alors; on devoit également à ses dessins la distribution aussi élégante que commode des appartements, distribution qui servit depuis de modèle à une infinité de palais et de châteaux.

[Note 612: À cette époque, la brique et la pierre étoient
les seuls matériaux que l'on employât dans les grands
bâtiments. C'est ainsi que furent bâtis la Place-Royale,
Fontainebleau et plusieurs autres édifices publics. La
rougeur de la brique, la noirceur de l'ardoise et la
blancheur de la pierre formoient des nuances de couleur qui
passoient alors pour très-agréables. Des édifices publics,
ce genre de construction passa dans les maisons
particulières; mais on se dégoûta bientôt de cette bigarrure
de mauvais goût; elle fut même critiquée dès ce temps-là, et
l'on trouvoit, avec quelque raison, qu'elle rendoit les
maisons assez semblables à des châteaux de cartes.]

Cet hôtel passa ensuite dans la maison de Sainte Maure-Montauzier, par le mariage de Charles de Sainte-Maure, duc de Montauzier, avec la célèbre Julie d’Angennes, fille de la marquise: il fut enfin possédé par les ducs d’Uzès, dont l’un avoit épousé la fille unique et seule héritière du duc de Montauzier et de Julie d’Angennes[613].

[Note 613: Sur une partie de l'emplacement qu'occupoit cet
hôtel ont été élevés le bâtiment des écuries d'Orléans et le
Vauxhall d'hiver ou Panthéon. Les écuries d'Orléans ont été
construites sur les dessins de M. Poyret, architecte. Cet
édifice a le caractère qui lui convient. Le Vauxhall étoit
une salle de danse bâtie en 1784, pour remplacer l'ancien
Vauxhall de la foire Saint-Germain, que l'on venoit
d'abattre. On en a fait depuis le théâtre du Vaudeville.]

Hôtel d’Armagnac.

Il étoit situé sur une partie du terrain qu’occupe maintenant le Palais-Royal. Nous en avons parlé à l’article de ce monument[614].

[Note 614: _Voyez_ p. 873.]

Hôtel de Sillery.

Cet hôtel, bâti par le commandeur Brûlart de Sillery, étoit situé sur l’emplacement de la place du Palais-Royal, et fut détruit peu de temps après la construction de ce palais[615].

[Note 615: _Voy._ p. 901.]

Hôtel de la Petite-Bretagne.

Cet hôtel ou manoir, qui avoit appartenu aux ducs de Bretagne, étoit situé sur le terrain qu’occupe actuellement la rue de Matignon[616]. Il fut donné, en 1428, au chapitre de Saint-Thomas-du-Louvre. En 1500, il y avoit en ce même endroit un hôtel appartenant à M. Jacques de Matignon, comte de Thorigni. Henri IV en fit depuis l’acquisition; et Louis XIII le donna en 1615 au président Jeannin, contrôleur des finances, pour y ouvrir une rue.

[Note 616: Il ne faut pas confondre cette rue de Matignon
avec la prolongation de la petite rue Verte, qui a reçu
depuis peu le même nom. Celle-ci étoit voisine de la rue des
Orties et de celle de Saint-Thomas-du-Louvre.]

Hôtel de Luxembourg.

Cet hôtel avoit été bâti par M. le maréchal de Luxembourg, sur une partie de l’ancien terrain des Capucins, terrain qui lui avoit été adjugé par arrêt de la cour des Aides du 6 juillet 1673. On voit, par le contrat de vente qu’en fit M. le duc de Pinci-Luxembourg, que cet hôtel contenoit quatre maisons, cours, jardins, et trois arpents et demi qui s’étendoient jusqu’au boulevart.

Hôtel de Vendôme.

Nous en avons parlé en donnant la description de la place qui en a pris le nom, et qui a été élevée sur ses ruines[617].

[Note 617: _Voyez_ p. 975.]

Prévôté de l’Hôtel.

Cette maison, dite aussi l’hôtel du Grand-Prévôt, étoit située dans cette même rue, et vis-à-vis la tour Neuve, que l’on appeloit quelquefois, à cause de ce voisinage, tour du Grand-Prévôt.

Il y avoit encore dans ce quartier:

L’hôtel Chevilli, rue Basse-du-Rempart;

L’hôtel de Roquelaure, rue Saint-Nicaise.

L’hôtel de Beringhem, même rue.

Ces trois hôtels n’existent plus.

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

Hôtel de Longueville.

Cet hôtel, qui existe encore en partie, est situé de manière que l’une de ses façades donne sur la rue Saint-Thomas-du-Louvre, et l’autre sur la place du Carrousel. Construit sur les dessins de Métezeau, il offre beaucoup de mauvais goût dans son architecture, et, si l’on en excepte quelques peintures assez belles de Mignard, il ne renfermoit autrefois rien de bien curieux dans son intérieur. La seule circonstance qui le rende digne de remarque, c’est qu’il a servi de demeure à plusieurs personnages illustres: il en est souvent fait mention dans les mémoires du cardinal de Rets, et dans les historiens qui nous ont transmis les événements de la minorité de Louis XIV[618].

[Note 618: Il étoit alors un des principaux rendez-vous de
la Fronde.]

Cet hôtel, qui, dans le dix-septième siècle, appartenoit à M. de La Vieuville, fut acquis successivement par les ducs de Luynes, de Chevreuse, d’Épernon et de Longueville; il passa ensuite à Louis de Bourbon, comte de Soissons; et, par le mariage de sa fille, rentra depuis dans la maison de Luynes et de Chevreuse. Cette suite de princes et de grands seigneurs qui ont habité cet hôtel, et dont il a porté successivement le nom, sembloit lui promettre une destinée plus brillante que celle qu’il a éprouvée. En effet, après avoir servi pendant quelques années de remise pour les voitures de la cour, il fut vendu, en 1749, aux fermiers généraux, qui en firent le magasin et le bureau général du tabac[619].

[Note 619: Après la suppression des fermiers généraux, cet
hôtel fut acheté par une société particulière de négociants,
qui y continuèrent la fabrication et la vente du tabac. Il
appartient, depuis quelques années, au gouvernement, qui l'a
fait en partie démolir: sa démolition entière entre dans le
plan des travaux qui doivent réunir le Louvre aux
Tuileries.]

La maison de Chevreuse possédoit encore anciennement un hôtel dans cette même rue, en entrant du côté des galeries. On trouve qu’en 1372 il appartenoit au comte de Vendôme; il passa ensuite à M. de Chevreuse et depuis au comte de La Marche qui l’occupoit en 1399. Les terriers de l’archevêché nous apprennent que les bâtiments dont il se composoit étoient situés de l’un et de l’autre côté de la rue.

Hôtel de l’Académie royale de musique.

Cet hôtel étoit situé dans la partie de la rue Saint-Nicaise qui est entrée dans le plan de la galerie neuve des Tuileries. C’étoit là que logeoient le directeur, le secrétaire perpétuel et le caissier de cette académie; il y avoit dans cette maison des ateliers où se préparoient les machines et décorations de l’Opéra, et un petit théâtre où se faisoient les premières répétitions. Cet établissement a été transporté rue Bergère.

Hôtel de Noailles.

Cet hôtel, situé rue Saint-Honoré, fut bâti pour Henri Pussort, conseiller d’état, et oncle du fameux Colbert. Il fut ensuite acheté par Pierre-Vincent Bertin, receveur général des parties casuelles, et revendu depuis par ses héritiers à Adrien Maurice, duc de Noailles. La grande porte est décorée de deux colonnes ioniques qui soutiennent un balcon, l’attique et l’entablement. Au fond de la cour est un péristyle, composé de six colonnes d’ordre dorique et orné de quatre niches.

Dans cet hôtel, remarquable par la beauté de ses appartements, on voyoit, avant la révolution, un superbe cabinet de tableaux, dont la collection, formée par le maréchal duc de Noailles, étoit une des plus précieuses de la capitale. On y trouvoit des morceaux de toutes les écoles, et, parmi ces peintures, plusieurs chefs-d’oeuvre des plus grands maîtres.

Hôtel de Beaujon.

Cet hôtel, situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, est un des plus remarquables de Paris, tant par son architecture que par sa magnificence et sa belle situation. Le comte d’Évreux le fit élever en 1718, sur les dessins et sous la conduite de Molet, célèbre architecte. Madame de Pompadour, l’ayant acquis, y fit faire plusieurs augmentations et embellissements, et l’occupa jusqu’à sa mort. Quelque temps après, Louis XV l’acheta du marquis de Marigni, pour en faire l’hôtel des ambassadeurs extraordinaires. On changea ensuite cette destination, et cet hôtel servit au garde-meuble de la couronne, en attendant qu’on eût achevé celui qu’on lui destinoit dans un des bâtiments de la place Louis XV. Enfin il passa, en 1773, entre les mains de M. Beaujon, qui en fit sa demeure ordinaire, et dépensa des sommes énormes pour y réunir tout ce que les arts et le luxe pouvoient produire de plus rare, et de plus exquis et de plus magnifique[620].

[Note 620: Buonaparte et plusieurs personnes de sa famille
ont habité cet hôtel; l'empereur de Russie y a logé en 1815.
L'infortuné duc de Berry en a été le dernier habitant.]

Ces hôtels sont les plus remarquables de ce quartier; nous nous contenterons de donner la nomenclature des autres édifices de ce genre, qui y sont répandus en grand nombre, et principalement dans le faubourg Saint-Honoré.

Hôtel d'Andlau, rue des Champs-Élysées.
----  d'Armaillé, rue d'Aguesseau.
----  de Beauveau, rue des Saussayes.
----  de Beaufremont, rue d'Anjou.
----  de la Belinaye, même rue.
----  de Castellane, rue de l'Arcade.
----  de Créqui, rue d'Anjou.
----  de Charost, faub. Saint-Honoré.
----  de Contades, rue d'Anjou.
----  de Chastenaye, faubourg Saint-Honoré.
----  de Duras, rue de Duras.
----  d'Elboeuf[621], place du Carrousel.
----  de Fodoas, rue des Saussayes.
----  de la Marck, rue d'Aguesseau.
----  de Nicolaï, rue d'Anjou.
----  de Mont-Bazon, faub. St-Honoré.
----  de la Rivière, rue d'Anjou.
----  de Rouault, même rue.
----  de Ray, faub. St-Honoré.
----  de Soyecourt, rue de la Pologne.
----  de la Trimouille, même faubourg.
----  de la Vrillière, rue Saint-Florentin[622].
----  de Villequier-d'Aumont, rue Neuve-du-Luxembourg.
----  de la Vaupalière, faubourg Saint-Honoré.
[Note 621: Il est occupé maintenant par le grand aumônier de
France.]
[Note 622: Il appartient à M. de Talleyrand-Périgord, prince
de Bénévent. L'empereur de Russie l'a occupé en 1814.]

JARDIN DE MOUCEAUX.

Avant l’époque de la dernière enceinte élevée sous Louis XVI, Mouceaux étoit un hameau situé hors de Paris, à l’extrémité septentrionale du quartier que nous décrivons, entre l’église paroissiale de Clichy et les dernières maisons de la ville. Il y avoit en cet endroit un château nommé Belair, appartenant à M. Grimod de La Reynière, fermier général; à ce château étoit attachée une petite chapelle, dédiée sous l’invocation de saint Étienne, et qui servoit de succursale à l’église de Clichy.

C’est dans cet endroit que le dernier duc d’Orléans fit planter, en 1778, le parc anglais connu aujourd’hui sous le nom de jardin de Mouceaux. Le dessinateur de ce délicieux paysage a trouvé le moyen de réunir dans un espace peu étendu tous les prestiges et tous les effets pittoresques qu’on peut désirer dans ce genre de plantations. Ce jardin n’a point cessé d’être entretenu avec le plus grand soin.

PÉPINIÈRES DU ROI.

Elles occupoient un terrain considérable que séparoit en deux la rue de Courcelles. On y cultivoit, en pleine terre, les arbres étrangers des espèces les plus rares.

ÉCURIES DU ROI.

Elles ont été établies dans la portion de l’hôtel Longueville qui n’a point encore été démolie.

ÉCURIES DU COMTE D’ARTOIS.

Elles sont situées sur les terrains de l’ancienne pépinière du roi[623], que ce prince avoit achetés. Commencées peu de temps avant la révolution, sur les dessins et sous la conduite de M. Bellanger son architecte, elles n’ont point été achevées, et méritoient de l’être. La partie gauche, qui seule est terminée, offre des constructions très-élégantes, qui font regretter de ne pouvoir jouir de l’ensemble d’un aussi joli monument.

[Note 623: Au coin de la rue Neuve-de-Berri et de celle du
faubourg du Roule.]

HÔTEL DES ÉCURIES DU ROI.

Cet hôtel étoit situé, avant la révolution, en face du pavillon Marsan. Il a été abattu, et sur le terrain qu’il occupoit a été élevé un passage couvert et garni de boutiques, dit le passage Delorme.

FONTAINES.

Le Château-d’Eau.

Nous ayons déjà parlé de ce monument, élevé en face du Palais-Royal par le duc d’Orléans, régent[624].

[Note 624: _Voyez_ p. 901.]

Fontaine des Quinze-Vingts.

Elle étoit située dans l’enclos de cet hôpital, et a été abattue en même temps que ses bâtiments.

Fontaine de Richelieu.

Elle est située dans la rue qui porte ce nom, et au coin de la rue Traversière. On y lisoit cette inscription composée par Santeuil:

_Qui quondam magnum tenuit moderamen aquarum
Richelius, fonti plauderet ipse novo._

Cette fontaine, qui rappelle les compositions incohérentes de l’ancienne école française, se compose d’une niche accompagnée de pilastres doriques, avec table renfoncée et coquilles; un fronton que surmontent des figures en relief couronne cette composition; et au-dessus s’élève un grand amortissement avec pilastres corinthiens et consoles renversées. Il n’est pas nécessaire de faire remarquer combien un semblable style est bizarre et contraire à tous les principes du bon sens et du bon goût.

Fontaine du Diable.

Cette fontaine, située rue de l’Échelle, à l’extrémité de celle de Saint-Louis, fut reconstruite à neuf en 1759. La composition en est agréable: elle offre une pyramide portée sur un piédestal, et ornée d’une table saillante au-dessus de laquelle sont groupées deux divinités marines qui soutiennent la proue d’un vaisseau. Ces figures sont d’un bon caractère; et celui du monument entier est d’une simplicité élégante qui peut étonner, si l’on considère l’époque à laquelle il a été construit.

Fontaine d’Amour.

Cette fontaine, qui n’a rien de remarquable dans son architecture, est située à l’angle des rues des Moineaux et des Moulins.

Fontaine des Capucins.

Cette fontaine, dont l’architecture ne mérite également aucune attention, est située rue Saint-Honoré, et fut construite en 1718, près de la porte du monastère de ces religieux. On y lit encore cette inscription composée par Santeuil:

_Tot loca sacra inter pura est quæ labitur unda:
Hanc non impuro quisquis es ore bibas._

Fontaine de la place Louis XV.

Cette fontaine, qui a été détruite, étoit située près de l’entrée de l’Orangerie.

BARRIÈRES.

Les limites du quartier du Palais-royal, du côté du couchant, terminent la ville de Paris dans un espace qui s’étend depuis le bord de la rivière jusqu’au-delà du jardin de Mouceaux. Il y a dans cette partie des nouvelles murailles élevées sous Louis XVI, huit barrières qui se présentent dans l’ordre suivant:

  1. Barrière des Bons-Hommes.

  2. -------- de Franklin.

  3. -------- de Passy, ou de Ste-Marie.

  4. -------- de Longchamps.

  5. -------- du Réservoir, ou des Bassins.

  6. -------- de Chaillot, ou de Neuilly.

  7. -------- du Roule.

  8. -------- de Courcelles.

  9. -------- de Montmartre[625].

    [Note 625: On trouvera à la fin du troisième volume de cet
    ouvrage une notice sur les barrières de Paris, qui sont au
    nombre de cinquante, et dont plusieurs sont remarquables
    par l'élégance et le bon style de leur architecture.]

RUES ET PLACES

DU QUARTIER DU PALAIS-ROYAL.

Rue d’Anglade. Elle va de la rue Traversière à la rue Sainte-Anne, et doit son nom à un maître Cartier, nommé Gilbert Anglade, qui, en 1639, acheta un emplacement rue des Moulins, sur lequel celle-ci a été ouverte. Dans un censier de l’archevêché, de 1663, elle est nommée Anglas par altération; et cette erreur a porté Sauval à lui chercher de fausses étymologies, et à rejeter la véritable. Cette rue n’est indiquée sous aucun nom sur les plans de Gomboust et de Jouvin.

Rue d’Angoulême. Cette rue, percée depuis 1780, aboutit d’un côté dans la rue du Faubourg du Roule, et de l’autre à celle de Ponthieu.

Rue d’Anjou. Elle aboutit à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, et à celle de la Ville-l’Évêque; elle étoit bâtie et connue sous ce nom dès l’an 1649. Elle est nommée dans un plan manuscrit rue des Morfondus, dite d’Anjou.

Rue Sainte-Anne. La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence au carrefour des Quatre Cheminées, et finit à la rue Neuve-des-Petits-Champs. Cette rue, percée en 1633, prit le nom de Sainte-Anne, en l’honneur d’Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII. Elle n’alloit encore, en 1663, que jusqu’à la rue Clos-Georgeot, au-dessus de laquelle étoient deux moulins qui l’avoient fait appeler rue des Moulins, et du Terrain aux Moulins. Auparavant, cet endroit est nommé, dans les anciens titres de l’archevêché, la Place au Sang et la Basse-Voirie, parce qu’on y déposoit les boues et les immondices. Le 15 septembre 1667, quatre particuliers obtinrent, par un arrêt du conseil, l’autorisation d’aplanir la butte qui existoit en cet endroit, et d’y tracer douze rues nouvelles[626]. Elles furent couvertes de maisons dans les années suivantes, et tout cet endroit étoit bâti en 1677. C’étoit à l’entrée de cette rue qu’étoit le marché aux pourceaux, qu’on y avoit placé en 1528, et qui subsistoit encore en 1609.

[Note 626: Traité de la Pol., t. 1, p. 88.]

Rue de l’Arcade, ou de la Pologne. Elle va de la rue de la Magdeleine à celle de Saint-Lazare, vulgairement dite des Porcherons. Cette rue doit son premier nom à une arcade ou voûte qui servoit à faciliter la communication des jardins des religieuses de la Ville-l’Évêque; le second à une maison et terrain appelé la Petite Pologne, où elle conduisoit. Elle se trouve indiquée dans quelques titres de l’archevêché sous le nom d'Argenteuil.

Rue d’Argenteuil. Elle aboutit d’un côté rue des Frondeurs, de l’autre à la rue Neuve-Saint-Roch, et est ainsi nommée parce qu’elle a été bâtie sur l’ancien chemin qui conduit à Argenteuil.

Entre cette rue et celle des Moineaux et des Orties, étoit placé au dix-septième siècle le marché aux chevaux. Il y est resté jusqu’en 1667. Anciennement cet endroit s’appeloit la Haute-Voirie du faubourg Saint-Honoré. Il est ainsi désigné dans un titre du 12 mars 1564[627].

[Note 627: Arch. de l'archev.]

Il y a dans la rue d’Argenteuil un passage qui communique à la rue Saint-Honoré. Il règne le long de l’église Saint-Roch et y conduit. C’étoit anciennement un cul-de-sac sous le nom de Saint-Roch, qui aboutissoit à une des portes de l’église avant sa reconstruction. Il se prolonge maintenant jusqu’à la rue Saint-Honoré.

Rue d’Astorg. Cette rue, située dans le faubourg Saint-Honoré, et ouverte depuis 1779, donne d’un bout dans la rue Roquépine, et finit de l’autre à un carrefour où viennent aboutir les rues des Saussayes, de Surêne et de la Ville-l’Évêque. Elle doit son nom à une famille distinguée qui y avoit un hôtel.

Rue aux Bassins. C’est une ruelle sans maisons, située dans Chaillot, vis-à-vis la barrière de Longchamps.

Rue des Batailles. Cette rue, située dans Chaillot, n’a fait partie de la ville qu’à l’époque où ce village y a été renfermé. Elle fait la continuation de la grande rue de Chaillot jusqu’à la barrière de Passy, où étoit autrefois situé le couvent de la Visitation.

Rue de Beaujolois. Elle a été percée depuis 1780 sur l’ancien emplacement des Quinze-Vingts. Elle donne d’un bout dans la rue de Chartres, et de l’autre dans celle de Valois. Il y a une autre rue de Beaujolois qui va du passage de Radziville à l’autre extrémité de la façade du nord du Palais-Royal où elle donne dans la rue Montpensier.

Rue de Berri. Cette rue, également ouverte depuis 1780, donne d’un côté dans la rue du Faubourg-du-Roule, et de l’autre dans celle de Ponthieu, et sur l’avenue de Neuilly. Elle se nomme maintenant rue Neuve de Berri.

Rue des Blanchisseuses. C’est une ruelle de Chaillot qui sépare des jardins, et aboutit d’un côté à la grande rue de ce village, de l’autre à l’allée des Veuves.

Rue des Boucheries. Elle va de la rue Saint-Honoré dans celle de Richelieu; elle fut bâtie vers l’an 1638. Son nom lui vient de la boucherie des Quinze-Vingts, qui fut construite vis-à-vis, lorsqu’on démolit la porte Saint-Honoré pour la reporter plus loin.

Cul-de-sac de la Brasserie (Voy. rue Traversière).

Rue Brunette. Cette rue donne d’un côté dans la grande rue de Chaillot et la rue des Batailles, de l’autre dans la rue Basse de Chaillot. Elle se nomme aujourd’hui rue Gasté.

Rue du Carrousel. Elle étoit ainsi nommée de la place qui est devant le château des Tuileries, et aboutissoit à la rue de l’Échelle. Elle avoit été bâtie sur l’emplacement des fossés qui régnoient le long des murailles de la ville, lorsque l’enceinte de ces murailles suivoit la rue Saint-Nicaise. Cette rue a été détruite et est entrée dans le plan de la nouvelle place du Carrousel.

Grande rue de Chaillot. Cette rue, qui traverse presque tout le village de ce nom, donne d’un côté dans l’avenue de Neuilly, de l’autre dans celle des Batailles.

Rue Basse de Chaillot. Elle donne d’un côté dans la grande rue de Chaillot, de l’autre sur le quai de la Savonnerie.

Rue des Champs. C’est une des petites ruelles qui sont situées en la rue des Batailles et celle de Chaillot. Il en existe encore deux autres qui sont sans nom.

Rue des Champs-Élysées. Elle conduit du Faubourg-Saint-Honoré aux Champs-Élysées et à la place Louis XV. Ce n’étoit jadis qu’un simple chemin sur lequel on a bâti quelques maisons au commencement du dix-huitième siècle. On la nommoit anciennement ainsi que la rue de la Magdeleine, l’Abreuvoir-l’Évêque. Le plan de La Caille, de 1714, est le premier qui l’indique sous le nom de la Bonne-Morue, qu’elle a conservé jusqu’en 1769, où celui qu’elle porte aujourd’hui lui fut donné.

[Note 628: Vis-à-vis cette rue est une rue _sans nom_, où
sont les réservoirs de la pompe à feu.]

Rue de Chartres. Cette rue, percée depuis 1780 sur l’ancien emplacement des Quinze-Vingts, aboutit d’un côté à la place du Palais-Royal, de l’autre à la rue Saint-Nicaise.

Il y a une autre rue de Chartres qui fait suite à celle de Courcelles, jusqu’à la barrière du même nom. On la nomme aujourd’hui rue de Mantoue.

Rue du Chemin Vert ou Rue Verte. Elle aboutit à la rue du Faubourg-Saint-Honoré et à celle de la Ville-l’Évêque. Ce nom lui vient sans doute de l’herbe qui croissoit des deux côtés du chemin sur lequel elle a été bâtie. On l’appeloit anciennement rue des Marais; elle est connue plus généralement aujourd’hui sous le nom de rue Verte. Il y a dans cette rue une caserne d’infanterie.

Rue Clos-Georgeau. Elle donne d’un bout dans la rue Sainte-Anne, de l’autre dans la rue Traversière. Quand on commença à bâtir sur la pente de la butte Saint-Roch, on ouvrit cette rue sur le jardin d’un particulier dont elle prit le nom. Plusieurs titres font mention de ce clos qui est nommé Jarjeau dans les archives de l’archevêché.

Rue du Colysée. C’étoit un chemin qui conduisoit à une espèce d’amphithéâtre bâti vers l’an 1772, où se donnoient des fêtes et où l’on tiroit des feux d’artifice. Cet édifice a été détruit, mais la rue existe toujours. Elle donne d’un côté dans la rue du faubourg Saint-Honoré, de l’autre dans l’avenue des Champs-Élysées.

Rue de la Corderie. Voyez rue de la Sourdière.

Rue de Courcelles ou de Villiers. On donnoit autrefois ces deux noms à cette rue, qui n’a conservé que le premier. C’étoit alors un simple chemin qui conduisoit du faubourg Saint-Honoré près de l’église du Roule, à Villiers-la-Garenne et à Courcelles.

Rue Daguesseau. Elle aboutit d’un côté dans la rue de Surêne, de l’autre dans celle du Faubourg-Saint-Honoré, et doit son nom à M. Daguesseau, conseiller au parlement, qui la fit percer pour communiquer à un marché qu’il avoit eu la permission d’établir en cet endroit, et qui a été transféré depuis dans la rue du Chemin-du-Rempart.

Marché Daguesseau. Il est situé dans l’espace qui sépare la rue de la Magdeleine de celle du Chemin-du-Rempart, et l’on y entre par ces deux rues. Ce marché fut établi en cet endroit pour la commodité des habitants du faubourg Saint-Honoré et du Roule, par les soins de Joseph Antoine Daguesseau, conseiller honoraire au parlement de Paris. Il l’avoit d’abord placé, en 1723, sur un terrain plus éloigné qu’il avoit obtenu par échange de madame de Duras. Depuis on jugea qu’il étoit avantageux de rapprocher ce marché de la ville; et des lettres-patentes ayant été obtenues à cet effet en 1745, il fut ouvert le 2 juillet 1746, sur l’emplacement qu’il occupe aujourd’hui, lequel appartenoit à André Mol de Lurieux, avocat au conseil.

Rue du Dauphin. Elle donne d’un bout rue Saint-Honoré, vis-à-vis Saint-Roch; de l’autre elle aboutissoit autrefois à la porte du jardin des Tuileries, et donne aujourd’hui dans la rue de Rivoli. Cette rue s’appeloit d’abord rue de Saint-Vincent. Elle est ainsi indiquée en 1575[629]. On l’a ensuite appelée cul-de-sac Saint-Vincent, parce qu’on la fermoit toutes les nuits du côté des Tuileries. Elle a porté ce nom jusqu’au mois de novembre 1744, que Louis XV, à son retour de Metz, étant venu habiter quelques jours ce palais, le dauphin son fils passa par cette rue pour aller entendre la messe à Saint-Roch. Pendant le peu de temps qu’il resta à l’église, on enleva l’inscription de cul-de-sac de Saint-Vincent, pour y substituer celle de rue du Dauphin, qu’elle a conservé jusqu’en 1789, et repris depuis la restauration.

[Note 629: Cens. de l'évêché.]

Rue du Doyenné. Elle aboutissoit dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre et dans le cul-de-sac du même nom. Elle étoit nommée rue du Doyenné, parce qu’elle avoit été ouverte au milieu de la maison et de la cour du doyen de Saint-Thomas, depuis Saint-Louis du Louvre. On l’appeloit dans le principe rue du Doyenné Saint-Thomas-du-Louvre[630].

[Note 630: Il existe encore une petite portion de cette rue,
qui donne sur la place du Carrousel.]

Rue de Duras. Elle commence à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, et aboutit à l’ancien marché Daguesseau. Elle a pris son nom de l’hôtel de Duras, le long duquel elle est située.

Rue de l’Échelle. Elle va de la rue Saint-Honoré à la place du Carrousel. Quelques-uns ont pensé que cette rue avoit pris son nom de l’échelle patibulaire que les évêques de Paris avoient eue dans cet endroit: quoiqu’il n’y ait point de preuves suffisantes pour appuyer cette opinion, cependant il est certain qu’au milieu du dix-septième siècle la barrière des Sergents du For-l’Évêque étoit placée au coin de cette rue.

Rue l’Évêque. Elle va d’un bout au carrefour des Quatre-Cheminées, de l’autre à celui que forment les rues des Moineaux, des Moulins et des Orties. On présume que son nom lui vient de ce qu’elle a été ouverte sur la haute voirie qui appartenoit à l’évêque de Paris. Plusieurs titres, qui remontent au commencement du règne de Louis XIII, parlent de cette rue, et quelques-uns nous apprennent qu’elle s’appeloit anciennement rue du Culloir, sans nous donner l’étymologie de ce nom.

Rue Saint-Florentin. Elle va de la rue Saint-Honoré aux Tuileries; elle s’appeloit auparavant Cul-de-sac de l’Orangerie, et devoit ce nom à l’orangerie du roi qui se trouvoit au bout. Il paroît, par les titres de Saint-Éloi, que l’alignement en fut pris en 1640; et que, dès 1651, on la nommoit rue de l’Orangerie. Cependant Gomboust et Bullet ne lui donnent que le nom de cul-de-sac. Le duc de la Vrillière, ministre et secrétaire d’état, ayant fait bâtir un hôtel dans cette rue, elle changea de nom, et prit, le 26 janvier 1767, celui de rue Saint-Florentin, sous lequel ce ministre étoit alors connu.

Rue des Frondeurs. Elle aboutit à la rue Saint-Honoré et au carrefour des Quatre Cheminées. On ignore le nom que cette rue portoit anciennement; car s’il est vrai que le mot Frondeurs vienne des troubles connus dans notre histoire sous le nom de Fronde, elle n’a pu être appelée ainsi que depuis 1648. Elle est sans nom sur les plans de Gomboust et de Bullet. On la trouve nommée pour la première fois sur celui de Rouvin, en 1697.

Rue Sainte-Geneviève. Voyez rue Hébert.

Rue du Hasard. Elle va de la rue Traversière à la rue Sainte-Anne; on ignore à quelle occasion elle a pris ce nom, sous lequel elle est déjà indiquée, en 1622, dans un censier de l’archevêché.

Rue Hébert. Nous ignorons l’étymologie de ce nom qu’a porté d’abord ce chemin, qui aboutit d’un côté à la grande rue de Chaillot, et de l’autre au terrain vague qui vient finir aux murs de la ville. On le nomme maintenant rue Sainte-Geneviève. Le chemin sans nom qui descend de la barrière de Passy à cette rue vient de recevoir celui de rue de Lubeck.

Rue Saint-Honoré. La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence au coin de la rue des Bons-Enfants, et finit au boulevart[631].

[Note 631: Sur les changements de nom qu'elle a éprouvés,
_voyez_ page 912.]

Rue du Faubourg-Saint-Honoré. Elle commence au boulevart, et finit à celle du Roule; on l’appeloit en 1635 la chaussée du Roule, parce qu’elle conduisoit au village du même nom.

Rue de Longchamps. C’est un chemin qui donne, comme la rue Hébert, dans la grande rue de Chaillot, et se prolonge à travers les champs jusqu’à la barrière du même nom.

Rue Saint-Louis. Elle donne d’un bout dans la rue Saint-Honoré, et de l’autre dans celle de l’Échelle. On présume qu’elle doit son nom au voisinage de l’hôpital des Quinze-Vingts, fondé par saint Louis, ou à la rue Saint-Honoré, qui, comme nous l’avons dit (p. 912), s’appeloit anciennement, dans cet endroit, Grande Rue Saint-Louis. Gomboust et Bullet nous apprennent, dans leur plan, que cette rue se nommoit anciennement rue de l’Échaudé; mais avant eux on la désignoit déjà sous le nom de rue Saint-Louis; et l’ayant repris, elle l’a toujours conservé. Nous remarquerons ici que ce nom de l’Échaudé, que nous retrouverons dans la nomenclature des rues de Paris, étoit une dénomination générale que l’on donnoit à une masse ou île de maisons de figure triangulaire; et l’on appeloit rue de l’Échaudé; celle qui faisoit la base ou l’un des côtés de ce triangle. La rue dont nous parlons est aussi indiquée sous le nom de rue des Tuileries, dans un censier de l’archevêché, de 1663.

Rue de Lubeck. Elle descend de la barrière de Passy à la rue Hébert, maintenant rue Sainte-Geneviève.

Rue Neuve de Luxembourg. Elle donne d’un bout dans la rue Saint-Honoré, de l’autre sur le boulevart. Elle doit son nom au maréchal duc de Luxembourg, qui avoit son hôtel sur le terrain qui forme aujourd’hui cette rue.

Rue Magdebourg. C’est le nom que porte aujourd’hui une ruelle située à droite de la rue des Batailles, en descendant vers celle de Chaillot.

Rue de la Magdeleine. Elle commence à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, et aboutissoit en 1789 à celle de l’Arcade et à l’église paroissiale dont elle a pris le nom. On l’a aussi appelée rue de l’Évêque et de l’Abreuvoir-l’Évêque. Elle est ainsi indiquée dans les procès-verbaux de 1637 et de 1642[632].

[Note 632: Cette rue, se prolongeant maintenant à travers
les jardins qui avoisinoient l'église, vient aboutir à celle
de l'Arcade, vis-à-vis la rue des Mathurins. Dans ce
prolongement elle a une communication _sans nom_ avec la rue
d'Anjou, laquelle est située à son couchant.]

Rue de Mantoue. Voyez rue de Chartres.

Rue du Marché. Cette rue conduisoit à un marché qui a été transféré près la porte Saint-Honoré, et c’est de là qu’elle avoit pris son nom; elle a son entrée dans la rue Daguesseau et dans celle de Surêne.

Rue Sainte-Marie. Elle va de la rue des Batailles dans la nouvelle rue de Lubeck.

Ruelle Sainte-Marie. Elle est située à l’extrémité de la rue des Batailles, du côté de la barrière.

Rue de Marigny. On donne ce nom à une avenue plantée d’arbres, qui aboutit d’un côté à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, de l’autre aux Champs-Élysées; elle est située en face de l’hôtel Beauveau, et se prolonge le long de celui que fit bâtir la marquise de Pompadour, et qui appartint depuis à son frère le marquis de Marigny. Elle fut ouverte lors des nouvelles plantations qui furent faites par ordre de ce directeur général des bâtiments, jardins, etc.

1ere Rue de Matignon. Elle aboutissoit, d’un côté, dans la rue des Orties, de l’autre, par un retour d’équerre, dans le cul-de-sac de Saint-Thomas-du-Louvre. Cet emplacement formoit, au quinzième siècle, l’hôtel, la place et les jardins de la Petite-Bretagne, qui avoient appartenu au duc de Bretagne. Elle devoit son nom à M. Jacques de Matignon, comte de Thorigny, qui y fit bâtir un hôtel. (Cette rue a été détruite.)

2e Rue de Matignon. Elle aboutit d’un côté à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, de l’autre aux Champs-Élysées, vis-à-vis l’allée des Veuves. C’étoit autrefois une prolongation de la petite rue Verte.

Rue de Milan. C’est le nom que l’on a donné depuis 1789 à un chemin sans nom situé près de la barrière de Courcelles.

Rue de Miromesnil. Elle a été ouverte en 1779, et aboutit d’un côté à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, de l’autre à celle de la Pépinière; elle doit son nom au chancelier Maupeou, qui étoit de cette famille.

Rue des Moineaux. Elle a une de ses extrémités dans la rue Neuve-Saint-Roch, l’autre dans celle des Orties. Elle étoit connue sous ce nom dès l’an 1561[633].

[Note 633: Arch. de l'archev.]

Rue de Montpensier. On a donné ce nom à une partie de la rue de Valois qui donne dans celle de Rohan.

Il y a une autre rue de Montpensier qui longe le Palais-Royal, depuis le théâtre Français jusqu’à l’angle opposé.

Rue de Mouceaux. C’est une rue percée depuis 1780, qui donne d’un côté dans la rue du Faubourg-du-Roule, de l’autre dans celle de Courcelles.

Rue des Moulins. Elle donne, d’un bout, à l’extrémité de la rue l’Évêque, de l’autre dans la rue Thérèse, et doit son nom à deux Moulins situés sur la butte Saint-Roch, auxquels elle conduisoit, et qu’on a détruits lorsqu’après avoir aplani cette butte on a couvert de maisons l’espace qu’elle occupoit. Cette rue existoit dès 1624[634].

[Note 634: Arch. de l'archev.]

Rue des Mulets. Elle traverse de la rue d’Argenteuil dans celle des Moineaux. Le voisinage des moulins pourroit bien lui avoir fait donner le nom qu’elle porte, à cause des mulets qui portoient le blé et rapportoient la farine; elle est indiquée dans le censier de l’archevêché, de 1663.

Rue Saint-Nicaise. Elle va de la rue Saint-Honoré dans celle des Orties, et occupe l’emplacement du rempart de l’enceinte de Charles V. Elle doit son nom à une chapelle de Saint-Nicaise qui servoit à l’usage de l’hôpital des Quinze-Vingts vers le milieu du 15e siècle[635].

[Note 635: La galerie neuve des Tuileries traverse le
terrain sur lequel cette partie de la rue étoit située.]

Rue de l’Oratoire. Elle est située vis-à-vis la rue de Mouceaux. C’étoit un chemin sans nom avant 1789.

1re Rue des Orties. Elle régnoit le long des galeries du Louvre; elle a porté en 1603 le nom de Saint-Nicolas-du-Louvre, en 1622 celui de rue des Galeries[636]. On appeloit aussi cet endroit le rempart du Louvre. Jaillot dit que c’étoit anciennement un mur qui régnoit le long du quai, et qui pouvoit être garni d’orties, d’où cette rue ainsi que la suivante auront reçu leur nom[637].

[Note 636: Arch. de l'archev.]
[Note 637: Quelques auteurs font terminer cette rue au
second guichet, et, depuis cet endroit jusqu'à la cour des
Tuileries, l'appellent rue _de la Monnoie_, _de la
Monnoie-du-Louvre_ et _de la Petite-Monnoie_. Elle a été
détruite.]

2e Rue des Orties. Elle va de la rue Sainte-Anne à celle d’Argenteuil. Cette rue se trouve mentionnée sous ce nom dans le censier de l’archevêché, de 1623.

Rue de la Pépinière. Cette rue, qui se prolonge le long de l’espace qu’occupoit, avant la révolution, la pépinière du roi, n’a pris le nom qu’elle porte que depuis 1780. Avant cette époque, c’étoit un chemin sans nom. Elle donne, d’un côté, dans la rue de Courcelles, de l’autre, dans celle des Porcherons, située hors du quartier[638].

[Note 638: Il y a une caserne d'infanterie dans cette rue.]

Rue de Poitiers. Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, aboutit d’un côté dans la rue Neuve-de-Berri, de l’autre dans celle d’Angoulême.

Rue du Pont. Cette petite ruelle est située entre la grande rue de Chaillot et la rue Basse du même nom.

Rue de Ponthieu. Cette rue, percée en même temps que la rue Poitiers, est située dans la même direction, mais plus près de l’avenue de Neuilly; elle communique également dans les rues Neuve-de-Berri et d’Angoulême.

Rue Quatremère. Cette rue, qui devoit son nom à une famille connue de Paris, a été aussi ouverte à travers les champs qui bornoient auparavant la rue d’Anjou. Elle fait la continuation de cette rue, et va aboutir à celle de la Pépinière[639].

[Note 639: La rue _Quatremère_ a maintenant perdu son nom,
et fait suite à la rue d'Anjou.]

Rue du Rempart. Elle va d’un bout dans la rue Saint-Honoré, de l’autre dans celle de Richelieu; elle doit son nom à une partie de l’enceinte de Charles VI sur laquelle elle est située. En 1636, elle s’appeloit rue Champin.

Rue du Chemin-du-Rempart. Elle commence au coin de la rue de Surêne, et règne le long du rempart jusqu’à l’entrée du faubourg Saint-Honoré; c’est ce qui lui en a fait donner le nom. Elle portoit anciennement celui de Chevilly. La partie opposée se nomme rue Basse-du-Rempart, parce qu’elle est effectivement plus basse que le boulevart[640].

[Note 640: C'est dans cette rue qu'est la principale entrée
du marché Daguesseau.]

Rue de Richelieu. La partie de cette rue qui se trouve dans ce quartier commence à la rue Saint-Honoré et finit à la rue Neuve-des-Petits-Champs. Le cardinal de Richelieu ayant fait bâtir le Palais-Royal, et abattre à cet effet les anciens murs de la clôture de Charles V, on ouvrit cette rue. Elle fut d’abord nommée Royale; mais, peu après, elle prit le nom de Richelieu.

Rue Neuve-Saint-Roch. Elle donne d’un côté dans la rue Saint-Honoré, et de l’autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs; cette rue doit son nom à l’église Saint-Roch, dont la principale entrée y étoit située avant qu’on l’eût rebâtie. Elle s’appeloit auparavant rue de Gaillon. Sauval dit qu’on la nommoit, en 1495 la ruelle Michaut-Riegnaut, en 1521 Michaut-Regnaut, et en 1578 rue de Gaillon, du nom de l’hôtel qui en faisoit le coin.

Rue du Rocher. Elle fait suite à la rue de l’Arcade et se prolonge jusqu’à la barrière de Mouceaux. C’étoit un chemin sans nom avant


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