TABLEAU HISTORIQUE ET PITTORESQUE DE PARIS DEPUIS LES GAULOIS JUSQU'À NOS JOURS (VOLUME 2/8)

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[Note 538: Charles IX y logea en 1566 et en 1574. (Sauval, t. II, p. 289.)]

Louvois, qui avoit succédé à Colbert dans la charge de surintendant général des bâtiments, voulant signaler son ministère par quelques monuments remarquables, inspira à Louis XIV le dessein de faire ouvrir une grande place, pour faciliter les communications entre la rue Saint-Honoré et la rue Neuve-des-Petits-Champs. Pour l’exécution de ce projet, il proposa au roi d’acheter[539] le vaste emplacement qu’occupoit l’hôtel de Vendôme; et comme le couvent des Capucines nuisoit à l’exécution de ce projet, on leur fit bâtir dans la rue Neuve-des-Petits-Champs l’église et le couvent qu’elles occupoient encore au commencement de la révolution. Elles y furent transférées en 1689, et l’on abattit les anciens bâtiments qu’elles avoient occupés.

[Note 539: Cette acquisition fut faite par contrat du 4
juillet 1685, moyennant 660,000 liv., et adjugée par décret
le 22 août 1687.]

Suivant le plan alors adopté pour cette place, elle devoit former un grand carré de soixante-dix-huit toises de large sur quatre-vingt-six de long, et n’avoir que trois faces, l’entrée du côté de la rue Saint-Honoré restant ouverte dans toute sa largeur. Les bâtiments qui l’auroient environnée étoient destinés à recevoir la bibliothèque du roi, les différentes académies, et à former les hôtels des monnoies et des ambassadeurs extraordinaires. La mort de Louvois suspendit l’exécution de ce grand projet, qui fut ensuite entièrement abandonné.

Quelques années après (le 7 avril 1699), le roi fit présent à la ville des emplacements acquis en 1685, et de tous les matériaux déjà rassemblés, avec la faculté de les vendre; mais sous la condition qu’elle feroit construire au même endroit une nouvelle place d’après un autre plan, et en outre qu’elle se chargeroit de faire bâtir à ses frais, au faubourg Saint-Antoine, un hôtel pour la seconde compagnie des mousquetaires. La ville accepta ce traité, et rétrocéda tous ses droits, le 10 mai suivant, au sieur Masneuf, moyennant la somme de 620,000 livres, à la charge par lui de faire démolir les constructions commencées, et d’exécuter pour l’érection de la place le nouveau plan adopté, lui fixant pour terme de cette opération le 1er du mois d’octobre 1701; ce qui fut exécuté.

Cette place, bâtie sur les dessins de Jules-Hardouin Mansard, a de diamètre soixante-quinze toises sur soixante-dix. Sa coupe présente des pans dans les angles, et par conséquent huit façades. Un grand ordre corinthien élevé sur un soubassement qui a de hauteur les cinq huitièmes de l’ordre, forme la décoration de ces façades; au-dessus de l’entablement corinthien sont des lucarnes en pierre, de forme alternativement variée.

Les pans coupés des angles sont composés d’un avant-corps de trois arcades, et de deux arrière-corps qui en ont chacun une. Ces avant-corps ainsi que les pans, comparés avec le diamètre de la place, sont trop petits; de telles lignes forment d’ailleurs un effet désagréable, et devroient toujours être exclues de l’architecture des grands édifices, dont une simplicité noble est le caractère essentiel.

Au milieu des grandes façades s’élèvent deux grands corps d’architecture symétrique. Ils présentent chacun cinq ouvertures, une de chaque côté en arrière-corps et trois en avant-corps, et sont couronnés de frontons, dont la grandeur est égale à celle des pans coupés. Ces deux constructions font un assez bel effet; cependant on y remarque des fautes impardonnables: par exemple, celle de les avoir ornées de colonnes engagées, tandis qu’il y avoit assez d’espace pour isoler ces colonnes, et que, dans le cas contraire, elles devoient être remplacées par des pilastres; une faute plus grande encore est d’y avoir introduit des colonnes jumelles, qui, pénétrées mutuellement l’une par l’autre avec leurs chapiteaux, présentent un effet absurde et presque monstrueux que les bons architectes ont toujours évité. La hauteur de l’ordre comprend deux étages[540].

[Note 540: _Voyez_ pl. 59.]

Enfin cette place étoit mal percée, et quoique vaste, et dans son ensemble d’une assez belle ordonnance, elle n’offroit encore, il y a quelques années, que deux issues, dont la disposition étoit même si mauvaise, qu’on ne pouvoit la découvrir que de côté, en passant dans la rue Saint-Honoré ou dans celle des Petits-Champs. Cependant personne n’ignore que le principal mérite d’une place publique est dans sa situation, et qu’elle doit être disposée de manière qu’on puisse l’apercevoir de très-loin, et la traverser dans tous les sens[541].

[Note 541: Deux rues qu'on a ouvertes, l'une sur le terrain
des Capucines, l'autre sur celui des Feuillans, viennent de
lui rendre ces points de perspective qui lui manquoient.]

Les hôtels qui l’environnent furent presque tous bâtis par des fermiers-généraux, et sous la conduite des meilleurs architectes[542]. Cependant il restoit encore, en 1619, des places vides qui furent toutes achetées par Law avec les billets de banque qu’il avoit introduits.

[Note 542: Deux de ces hôtels, appartenans à deux traitants
nommés Poisson de Bourvalais et Villemarec, furent saisis en
1717, et destinés à former le logement du chancelier de
France.]

Au milieu de cette enceinte, entièrement composée de somptueux édifices, étoit autrefois placée la statue équestre de Louis XIV. Cette statue, d’un beau caractère, étoit de la main de Girardon. Elle avoit vingt-un pieds de hauteur, et fut fondue d’un seul jet[543], le 1er décembre 1692, par Jean-Balthazar Keller. Le 13 août 1699, ce monument colossal fut posé sur un piédestal de marbre blanc, de trente pieds de haut, sur vingt-quatre de long et treize de large, orné de cartels, de bas-reliefs et de trophées de bronze doré. Sur ses quatre faces étoient des inscriptions latines[544] relatives aux grandes actions du monarque, et exprimant particulièrement la reconnoissance de la ville de Paris pour les bienfaits dont il l’avoit comblée[545].

[Note 543: Elle pesoit environ 60,000 livres, et pour la
couler on fondit 83,753 livres de matière. Elle a été
abattue, avec toutes les autres statues de nos rois, le 18
août 1792.]
[Note 544: Voici les plus remarquables de ces inscriptions:
_Ludovico magno, decimo quarto, Francorum et Navarræ
regi christianissimo, victori perpetuo, religionis
vindici, justo, pio, felici, patri patriæ, erga urbem
munificentissimo, quam arcubus, fontibus, plateis,
ponte lapideo, vallo amplissimo arboribus consito
decoravit, innumeris beneficiis cumulavit; quo
imperante securi vivimus, neminem timemus, statuam hanc
equestrem quamdiù oblatam recusavit, et civium amori,
omniumque votis indulgens, erigi tandem passas est;
præfectus et ædiles, acclamante populo, posurêe._
Jusqu'en 1730, le piédestal de cette statue équestre ne fut
orné que des inscriptions données par l'académie des
belles-lettres; mais à cette époque on l'enrichit de cartels
et de trophées de bronze doré, sculptés par _Coustou_ le
jeune, auxquels on ajouta les inscriptions suivantes:
Dans le cartel qui étoit placé du côté de la chancellerie;
_Ludovicus XV, Franciæ et Navarræ rex optimus, magni
pronepos, Europæ arbiter, suscepto è Mariâ Polonâ Delphino,
à præfecto et ædilibus, pro avo monumentum absolvi sivit,
anno 1730._
Ce cartel étoit tenu par deux enfants, ayant pour symbole
les attributs de Minerve, tels que le hibou, la branche
d'olivier, le serpent, un livre, etc. Sous la corniche et
sous cette inscription se groupoient des attributs
convenables aux sciences et aux arts.
Sur le pilastre à droite de l'inscription étoit un trophée
représentant l'Afrique; et sur le pilastre à gauche, un
autre trophée représentoit l'Amérique.
À gauche de la statue, du côté opposé à la chancellerie, on
avoit placé un autre cartel avec cette inscription:
_Cippum cui equestris Ludovici Magni statua imposita est
splendidis ordine uno late septum ædibus restitui, et ornari
curârunt præfectus et ædiles, anno 1730._
Cette inscription, ainsi que la première, étoit soutenue par
deux enfants ou génies, avec pilastres, trophées, etc.
Le piédestal vis-à-vis le couvent des Feuillants offroit les
armes de France, ornées de palmes et de lauriers; de l'autre
côté, et vis-à-vis l'église des Capucines, on voyoit les
armes de la ville de Paris, dont le vaisseau étoit posé sur
la tête d'un fleuve, accompagné de roseaux, d'armes, du
livre, du caducée, de la bourse de Mercure, et couronné par
le chapeau de ce dieu, attributs qui désignent le commerce.
Dans les pilastres qui ornoient les angles on avoit sculpté
des agrafes soutenant des chutes de festons de chêne et de
laurier, qui tomboient le long de ces pilastres, comme
symboles de la force et de la victoire.
Tout ce monument fut entouré d'une grille de fer dans la
même année 1730[544-A].
Jusqu'en 1775, la foire d'été, dite de _Saint-Ovide_, se
tenoit sur la place Vendôme. Cette foire duroit un mois: on
construisoit des boutiques sur la place, et les spectacles
des boulevarts étoient obligés de s'y établir.]
[Note 544-A: Sur la colonne qui a remplacé ce monument,
_voyez_, à la fin de ce quartier, l'article _monuments
nouveaux_.]
[Note 545: _Voyez_ pl. 68.]

LES FEUILLANS

DE LA RUE SAINT-HONORÉ.

Le monastère des Feuillans étoit situé rue Saint-Honoré, vis-à-vis la place Vendôme. C’étoit une congrégation particulière de religieux réformés de l’ordre de Cîteaux, qui avoit pris son nom de l’abbaye de Notre-Dame des Feuillans dans le diocèse de Rieux, à quelques lieues de Toulouse. Jean de la Barrière, qui en étoit abbé commendataire en 1563, voulant consacrer le reste de ses jours à la pénitence, conçut le dessein d’y faire revivre dans toute sa rigueur l’ancienne observance de saint Benoît. En conséquence il prit l’habit religieux, fit profession dans cet ordre le 12 mai 1573, et s’occupa dès ce moment de mettre à exécution le projet de réforme qu’il avoit médité. Malgré les austérités extraordinaires qu’il pratiquoit, il eut bientôt un nombre de disciples assez considérable pour pouvoir en former une communauté, dont il fut reconnu abbé régulier en 1577, et béni comme tel dans l’église de la Dorade, à Toulouse, le 14 septembre de la même année. Cet établissement fut définitivement constitué, et la nouvelle réforme adoptée, quoiqu’elle passât en plusieurs points la sévérité de la règle primitive de Cîteaux. Les religieux devoient partager tout leur temps entre l’oraison, la psalmodie et le travail des mains; ils marchoient nu-pieds, la tête nue; dormoient tout vêtus sur des planches, et leur nourriture n’étoit que du pain le plus grossier, quelques herbes cuites ou crues et de l’eau pure. L’huile, le beurre, le poisson leur étoient interdits en tout temps, ainsi que la chair et le vin; du reste ils gardoient une solitude exacte, et un silence perpétuel.

Les merveilles qu’on publioit partout de l’abbé de Feuillans et de sa nouvelle communauté excitèrent la curiosité de Henri III. Ce prince voulut voir Jean de La Barrière, et lui écrivit lui-même le 20 mai 1583, pour lui ordonner de se rendre à Paris. Le saint abbé obéit, et y arriva au mois d’août suivant. Il prêcha devant le roi, et dans plusieurs églises, avec un succès qui répondit à la haute estime que tout le monde avoit conçue de son mérite. Henri III, charmé de son éloquence et touché de sa vie édifiante, voulut le retenir auprès de sa personne, et ne lui permit de retourner à Feuillans qu’à condition qu’il reviendroit dans la capitale, où il se proposoit de lui faire bâtir un monastère. Toutefois les ordres donnés à cet effet ne furent exécutés qu’en 1587. Alors Jean de La Barrière se mit une seconde fois en chemin pour Paris, accompagné de soixante-deux religieux de sa réforme. Ces pieux voyageurs partirent de Toulouse en procession, marchant deux à deux, la croix en tête, et pratiquant, pendant vingt cinq jours qu’ils mirent à faire cette longue route, tous les exercices spirituels qu’ils étoient tenus de faire dans le cloître. Ils arrivèrent le 9 juillet de la même année.

Henri III, qui étoit alors à Vincennes avec toute sa cour, envoya quelques seigneurs au-devant d’eux jusqu’à Charenton, et sortit lui-même de son château pour les recevoir. Ces religieux demeurèrent dans un prieuré de l’ordre de Grandmont, situé dans le bois de Vincennes, jusqu’au 7 du mois de septembre suivant, qu’ils en sortirent pour prendre possession de l’église et du couvent que le roi leur avoit fait bâtir au faubourg Saint-Honoré[546].

[Note 546: L'abbé Lebeuf ne s'est pas expliqué clairement,
en disant, t. I, p. 124, que ces religieux furent établis en
1577. Cette époque ne peut s'appliquer qu'à l'établissement
de leur réforme, puisque tous les actes attestent qu'ils ne
vinrent à Paris qu'en 1587.]

Cette nouvelle congrégation fut approuvée par le pape Sixte V, et érigée en titre par sa bulle du 3 novembre 1587, sous le nom de Congrégation de Notre-Dame de Feuillans. Elle fut distraite de la juridiction de l’abbé de Cîteaux, par Clément VIII, le 4 septembre 1592. Peu de temps après, ce souverain pontife jugea à propos de modérer la rigueur excessive et presque incroyable de cette réforme par sa bulle du 8 novembre 1595, et la rendit ainsi supportable en la rapprochant davantage de la règle de saint Benoît[547].

[Note 547: Quatorze religieux avoient, dit-on, succombé,
dans une semaine, sous la grande austérité de cette règle.]

Les monastères qui embrassèrent cette nouvelle institution s’étant considérablement multipliés, tant en Italie qu’en France, Urbain VIII crut convenable, en 1630, de diviser les Français et les Italiens en deux congrégations différentes, gouvernées chacune par un général de leur nation. Celui de France étoit abbé né de Notre-Dame de Feuillans, et s’élisoit tous les trois ans dans le chapitre général, lequel pouvoit le continuer encore pendant trois autres années seulement. Ce général avoit le droit de visiter les maisons de son ordre, et d’y faire plus ou moins de séjour; mais, pendant les trois années de son généralat, il étoit obligé à dix-huit mois de résidence à Feuillans. Cet usage s’observoit très-exactement.

Henri IV ne fut pas moins favorable à cette congrégation que l’avoit été son prédécesseur: non-seulement il la confirma dans la propriété de tout ce qui lui avoit été donné par Henri III, mais encore il déclara qu’il vouloit partager avec ce prince le titre de son fondateur, et lui accorda tous les priviléges et prérogatives dont jouissoient les maisons de fondation royale.

La maison que Henri III avoit fait bâtir pour les Feuillans étoit petite et peu commode; les libéralités de Henri IV, et les dons que ces religieux obtinrent de la piété des fidèles[548], leur fournirent bientôt les moyens de faire construire un nouvel édifice plus spacieux et plus beau. Les bâtiments, auxquels le roi mit la première pierre en 1601, furent achevés en 1608, et le 5 août de la même année l’église fut dédiée par le cardinal de Sourdis, sous l’invocation de saint Bernard.

[Note 548: Ces dons leur furent faits à l'occasion d'un
jubilé; M. de Gondi, évêque de Paris, ayant indiqué, dans
cette vue, une station dans leur église.]

Cependant le portail de ce dernier monument n’existoit point encore; et ce ne fut qu’en 1629, sous le règne de Louis XIII, qu’on pensa à l’exécuter. François Mansard en fut l’architecte, et ce fut, dit-on, le coup d’essai de cet homme célèbre. Ce portail, qui a joui d’une grande réputation, mérite que nous en donnions une description un peu détaillée.

Il étoit composé de deux ordres de colonnes, l’un ionique, l’autre corinthien. Les colonnes de l’avant-corps étoient isolées, et celles des extrémités engagées. L’entablement de ces ordres retournoit sur chaque accouplement, et ces retours, faits pour donner à cette décoration un caractère de légèreté, produisoient une foule de petites parties qui nuisoient à l’effet général.

L’ordre ionique étoit d’une belle exécution, riche de détails parfaitement finis, mais qui par cela même sembloient trop recherchés, lorsqu’on les comparoit avec ceux de l’ordre supérieur. Celui-ci étoit d’une proportion relative beaucoup trop courte, ayant deux modules et un tiers de moins dans sa hauteur, ce qui lui donnoit une apparence chétive et contraire à la progression[549] que l’on doit observer entre les ordres élevés les uns sur les autres. Cet ordre supérieur étoit surmonté d’un fronton circulaire sur lequel on avoit placé deux figures d’une proportion trop forte, ce qui ajoutoit encore au défaut d’harmonie qu’on remarquoit dans l’ensemble de cette décoration.

[Note 549: On ne leur donne ordinairement qu'un module de
moins en hauteur.]

Deux pyramides s’élevoient de chaque côté de ce frontispice; et cet ornement bizarre, l’amortissement circulaire qu’on remarquoit au-dessus du fronton, les consoles renversées ou arcs-boutants, les cartels du dessus des portes, étoient encore des restes de la barbarie gothique. Les figures, exécutées par un sculpteur nommé Guillin, étoient de la plus grande médiocrité[550].

[Note 550: _Voyez_ pl. 67.]

On estimoit davantage la porte d’entrée du monastère, située en face de la place Vendôme. Elle avoit été construite par le même architecte, mais à une époque où son talent étoit mûri par l’étude et une longue pratique. Cette décoration, qui n’étoit composée que d’une porte carrée surmontée d’un fronton et accompagnée de quatre colonnes corinthiennes, offroit dans ses proportions la justesse et la noble simplicité qui fait le caractère de la bonne architecture. Au-dessus de cette porte à plate-bande, on voyoit un bas-relief d’une assez belle exécution, renfermé dans une table carrée. Il représentoit Henri III recevant l’abbé Jean de La Barrière et ses compagnons[551]. Cette porte ne fut construite qu’en 1676.

[Note 551: La vie de ce saint abbé avoit été peinte sur
verre dans le cloître de ce monastère, en peinture dite
d'_apprêt_[551-A], par un peintre flamand nommé _Sempi_. On
voyoit encore quelques-uns de ces tableaux au musée des
Monuments français.]
[Note 551-A: La peinture d'_apprêt_ diffère de l'ancienne
peinture sur verre, en ce que par celle-ci on coloroit d'une
teinte uniforme la substance entière du verre mis en fusion,
tandis que, dans le nouveau procédé, la couleur est
appliquée avec le pinceau, et fixée sur le verre au moyen
d'un feu assez fort pour l'amollir, et non pour le liquéfier
entièrement. Par cette manière d'opérer, on se procure des
teintes qui donnent du relief aux figures; mais aussi la
couleur n'est pas, comme dans l'autre, inaltérable.]

Dans l’intérieur de la cour, et en face du frontispice dont nous venons de parler, étoit une porte en voussure et ornée de refends d’un dessin assez élégant. L’intérieur de l’église n’avoit rien de remarquable.

Le passage qui communiquoit aux Tuileries avoit été ouvert pendant la minorité de Louis XV, pour donner au jeune roi la facilité de venir à l’office à ce couvent.

CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES FEUILLANS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Assomption, par _Bunel_.
Dans le rond, deux anges, par _La Fosse_.
Sur l'autel de la sixième chapelle à droite, une Visitation, par
_Michel Corneille_.
Dans la sixième chapelle à gauche, plusieurs peintures de _Simon
Vouet_, entre autres le plafond représentant un saint Michel,
lequel passoit pour un des chefs-d'oeuvre de ce peintre.
Dans le vestibule d'entrée, un seigneur descendant de cheval, et
recevant l'habit de Feuillans, par _Loir_.
Dans le réfectoire, quatre sujets tirés de l'histoire d'Esther,
par _Restout_ père.
Dans le chapitre, la Résurrection du Lazare, par _Vien_.
Dans la salle du roi, près l'église, les portraits des rois et
reines de France depuis Henri III jusqu'à Louis XV inclusivement,
ainsi que ceux des dauphins, fils et petits-fils de ce dernier
roi.
Les chapelles, au nombre de quatorze, la nef et les diverses
autres parties de l'église étoient décorées d'un grand nombre
d'autres tableaux sans noms d'auteurs.
SCULPTURES.
Dans la troisième chapelle à gauche, une Vierge en bois doré, par
_Sarrazin_.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans la première chapelle à droite on voyoit la statue en marbre
de Raimond Phélippeaux, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'état
sous Louis XIII, mort en 1629. Il étoit représenté à genoux
devant un prie-Dieu.
La seconde étoit destinée à la sépulture de la famille Pelletier.
La troisième avoit appartenu à MM. de Vendôme.
La quatrième offroit le mausolée de Guillaume de Montholon,
conseiller d'état et ambassadeur, mort en 1722; son buste et deux
Vertus, dont il étoit accompagné, composoient ce mausolée.
Dans la cinquième avoient été inhumés Louis de Marillac, maréchal
de France, condamné à mort et exécuté le 10 mai 1631; et
Catherine de Médicis son épouse, morte de douleur pendant qu'on
instruisoit le procès de son mari[552].
[Note 552: Elle étoit alliée à la famille souveraine des
Médicis.]
Entre ces deux chapelles étoit le cénotaphe de Henri de Lorraine,
comte d'Harcourt, et d'Alphonse de Lorraine son fils, chevalier
de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ce monument, sculpté par
_Nicolas Renard_, offroit trois figures symboliques: le Temps
couché au pied d'un obélisque; une figure ailée, emblème de
l'immortalité; et un génie en pleurs portant les médaillons de
ces deux princes. Au-dessus de l'obélisque, un globe doré que
surmontoit un aigle aux ailes éployées; un bas-relief en bronze
doré et plusieurs autres accessoires ajoutoient encore à la
richesse de ce monument.
Dans la première chapelle à gauche, un tombeau de marbre blanc en
forme d'urne contenoit les restes mortels de Jeanne Armande de
Schomberg, femme de Charles de Rohan, duc de Montbason, etc.,
morte en 1700.
La seconde appartenoit à la famille de Beringhem. Dans cette
chapelle avoit été inhumé le maréchal d'Uxelles, ambassadeur
extraordinaire au congrès d'Utrecht, ministre du conseil de
régence, etc., mort en 1730.
La troisième, richement décorée, appartenoit à la famille des
Rostaing, et étoit fermée d'une grille. Elle contenoit plusieurs
tombeaux de ses membres les plus distingués: sous la croisée,
étoient représentés à genoux Tristan de Rostaing, mort en 1591,
et Charles de Rostaing son fils, mort en 1660. Une urne portée
sur une colonne de marbre renfermoit le coeur d'Anne Hurault,
fille du chancelier de Chiverni, femme de Charles de Rostaing,
dont nous venons de parler, morte en 1635. On y voit encore les
bustes de quatre autres personnages de cette maison[553].
[Note 553: Les monuments des Rostaing, de Marie de
Barbezières, de Raimond Phélippeaux, des comtes d'Harcourt,
et du maréchal de Marillac, avoient été déposés au musée des
Petits-Augustins. Toutes ces sculptures étoient d'une grande
médiocrité.]
Dans la quatrième, une figure à genoux devant un prie-Dieu
offroit un portrait de Claude-Marie de l'Aubespine, femme de
Médéric Barbezières, seigneur de Chemerault, morte en 1613.
Dans le choeur et dans le chapitre avoient été inhumés plusieurs
généraux de l'ordre, et les PP. Jérôme et Turquois, prédicateurs
estimés du dix-septième.

La bibliothèque de ce couvent pouvoit contenir environ 24,000 volumes.

LES CAPUCINS.

Au commencement du seizième siècle, plusieurs ordres religieux, institués dans les âges précédents, s’étoient plus ou moins écartés des règles prescrites par leurs saints fondateurs; et l’ordre de saint François n’avoit pas été exempt de ce relâchement. En 1525, Mathieu de Baschi, religieux de cette observance, fut le premier qui, non content de pratiquer sa règle dans toute son austérité, crut devoir entreprendre d’y ramener ses confrères par ses exhortations et ses exemples. Ses soins et son zèle ne furent pas sans succès; et il parvint bientôt à rassembler auprès de lui quelques imitateurs de sa pauvreté et de sa pénitence. Pour se distinguer de leurs anciens confrères, ces nouveaux religieux prirent un habit particulier[554]: c’étoit une longue robe de bure surmontée d’un capuce, ou capuchon pointu, qui fit donner le nom de capucins à ceux qui embrassèrent cette nouvelle réforme. Ils portoient aussi une longue barbe, marchoient nu-pieds et ne vivoient que d’aumônes. Cependant cet institut ne prit une forme régulière qu’en 1529, époque à laquelle le chapitre fut assemblé pour la première fois. On y fit des constitutions[555] qui furent approuvées, ainsi que l’ordre, par une bulle de Paul III, du 25 août 1536. Alors ces religieux furent adoptés et reconnus par l’Église entière, sous le nom de frères mineurs capucins, et leur nombre s’accrut assez rapidement. Mais ils n’obtinrent point, dans ces premiers temps, la permission de s’étendre au-delà de l’Italie; et le cardinal Charles de Lorraine, qui avoit connu des capucins au concile de Trente, et qui en avoit fait venir quatre qu’il logea dans son parc de Meudon, fut obligé de solliciter une bulle pour autoriser leur établissement en France. Tels furent, dans ce royaume, les foibles commencements de cet ordre fameux.

[Note 554: Il leur fallut pour cela une permission du pape,
qui leur fut accordée par une bulle du 13 juillet 1528.]
[Note 555: Par ces constitutions il leur fut accordé un
vicaire-général; mais en 1619 Paul V lui donna le titre de
_général_, et le rendit indépendant de celui des frères
mineurs.]

Quelques historiens pensent qu’après la mort du cardinal, décédé le 26 décembre 1574, ces religieux s’en retournèrent en Italie[556]. Quoi qu’il en soit, il paroît certain que les vues de ce prélat pour l’établissement des capucins en France furent remplies avant sa mort: car nous voyons que, dès 1572, le père Pierre Deschamps, cordelier françois, ayant embrassé cette réforme, le désir de mener une vie plus régulière lui procura bientôt quelques compagnons qui se logèrent avec lui à Picpus[557]. Il eut alors recours au pape Grégoire XIII, qui, par sa bulle du 10 mai 1574, lui permit d’établir en France l’ordre des frères mineurs capucins, permission qui déjà lui avoit été accordée par Charles IX[558].

[Note 556: Hist. de Par., t. II, p. 1132.]
[Note 557: L'abbé Lebeuf recule l'établissement des Capucins
jusqu'en 1515. Cette date manque d'exactitude sous tous les
rapports, puisqu'ils ne furent établis en Italie qu'en 1525,
et en France en 1574.--Sauval n'est pas plus exact lorsqu'il
dit que leur première maison fut fondée et bâtie à Meudon en
1585, par le cardinal de Lorraine (mort en 1574); que
quelques-uns furent installés en même temps à Picpus, ce qui
arriva en 1572; enfin que Henri III leur fit bâtir, vers
l'an 1603, leur couvent près les Tuileries, tandis que ce
prince est mort à Saint-Cloud en 1589.]
[Note 558: Les registres du parlement, au 11 juillet 1574,
nous apprennent que onze de ces religieux assistèrent au
convoi de Charles IX, décédé le 30 mai précédent.]

Pour consolider cet établissement, le général de l’ordre envoya en France un commissaire général, avec douze religieux. Catherine de Médicis se déclara sur-le-champ protectrice de cette nouvelle communauté, et lui fit obtenir un emplacement pour bâtir une église et un couvent, don qui fut confirmé par lettres-patentes du mois de juillet 1576, enregistrées le 6 septembre suivant. Ainsi les capucins s’établirent cette année même au lieu qu’ils ont occupé jusqu’au moment de la révolution. Henri IV et ses successeurs, animés du même esprit, ne cessèrent point d’accorder une protection toute particulière à ces nouveaux enfants de saint François, qui, en 1789, comptoient en France plus de trois cents couvents de leur ordre.

Les bâtiments réguliers des capucins de la rue Saint-Honoré étoient moins simples que ceux des autres couvents du même ordre[559], et d’ailleurs si vastes qu’ils pouvoient contenir une communauté de 150 religieux. On leur avoit accordé cette grande étendue de terrain, parce que, lors de leur établissement, il n’y avoit aucune raison de le ménager dans un lieu qui étoit encore peu habité et hors de la ville. Ces bâtiments furent renouvelés en 1722. En 1731 ces pères firent rebâtir le portail et le mur du cloître, qui suivoient l’alignement de la rue Saint-Honoré; le choeur de leur église fut également reconstruit en 1735. C’est surtout dans ces dernières constructions qu’ils se sont un peu écartés de la simplicité uniforme constamment adoptée dans tous les couvents de leur ordre.

[Note 559: Il faut toutefois en excepter le nouveau couvent
de la Chaussée-d'Antin, dont nous ne tarderons pas à
parler.]

Jaillot a trouvé, dans un mémoire manuscrit, que cette église, qui, dans le principe, n’étoit qu’une simple chapelle, avoit été dédiée le 28 novembre 1575. Elle fut sans doute rebâtie peu de temps après; car on a un autre acte de dédicace, daté de 1583, lequel est, de même que le premier, sous le titre de l'Assomption de la Vierge. Ce bâtiment n’étant pas assez vaste, et l’ordre prenant de jour en jour plus de consistance, on jeta les fondements de l’église qui a subsisté jusqu’à l’époque de la révolution. Commencée en 1603, elle fut finie en 1610, et dédiée le 1er novembre de la même année; l’architecture en étoit médiocre.

Cette maison, la plus considérable en France d’un ordre qu’un siècle absurde et frivole accabloit d’un injuste et sot mépris, a produit un grand nombre de sujets distingués par leur naissance ou par leurs talents[560], et dont les noms ont passé même avec gloire à la postérité. Mais ce qui rendoit ces religieux vraiment recommandables, c’étoit la régularité avec laquelle ils remplissoient tous les devoirs d’un état austère, leur zèle infatigable dans les fonctions les plus pénibles du saint ministère, surtout une charité qu’aucun obstacle, aucun danger ne pouvoient effrayer ni ralentir. Le temps est déjà venu où l’on commence à regretter la destruction, où l’on sent vivement quelle étoit l’utilité de ces saintes réunions dont les membres, au milieu de la corruption des grandes villes, offraient des exemples frappants, ou, pour mieux dire, des leçons vivantes de toutes les vertus chrétiennes, les prêchoient publiquement dans les temples en même temps qu’ils les pratiquoient aux yeux de tous; et, s’ils ne parvenoient pas à détruire entièrement les mauvaises moeurs, contribuoient du moins à en arrêter le débordement, qui maintenant n’a plus de frein, et n’en pourra désormais trouver que dans la rigueur inflexible des cours d’assises et dans une rédaction plus sévère du code criminel.

[Note 560: Nous citerons entre autres le P. _Ange de
Joyeuse_, fameux par son inconstance, son courage et sa
dévotion[560-A]; le P. _Joseph Le Clerc_, autre capucin
célèbre, le confident et l'un des principaux agents du
cardinal de Richelieu; le P. _Athanase Molé_, frère du
président _Mathieu Molé_; le P. _J. B. Brûlart_, frère du
chancelier de ce nom; le P. _Séraphin de Paris_, l'un des
prédicateurs ordinaires de Louis XIV, «orateur, dit La
Bruyère, qui, avec un style nourri des saintes Écritures,
expliquoit la parole divine uniment et familièrement,» ce
qu'il n'osoit espérer de son siècle. Le P. _Michel
Marillac_, fils du garde des sceaux, etc., etc. Les jeunes
religieux de cette maison s'étoient appliqués, vers la fin
du dernier siècle, à l'étude des langues savantes, et ils y
avoient fait des progrès tels, qu'on pouvoit espérer
beaucoup de leurs travaux et de leurs lumières, lorsque la
révolution est venue tout détruire et tout disperser.]
[Note 560-A: C'est de lui que Voltaire a dit:
«Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.»]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CAPUCINS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Assomption, par _La Hire_.
Dans le rond, un portement de croix, par le même.
Au-dessus de l'autel, les vingt-quatre vieillards prosternés
devant le trône de l'Agneau, par _Dumont_.
Derrière l'autel, du côté du cloître, un beau Christ mourant, par
_Le Sueur_.
Dans la sacristie, Moïse serrant la manne dans l'arche, par
_Collin de Vermont_.
Dans la dernière chapelle, près la porte, le martyre du P. Fidel,
capucin et missionnaire à la Chine, par _Robert_.
STATUES ET TOMBEAUX.
Dans un des corridors du rez-de-chaussée, une statue de saint
Augustin.
Dans la nef, les tombeaux des _PP. Ange de Joyeuse_ et _Joseph Le
Clerc du Tremblay_, dont nous avons déjà parlé.

La bibliothèque de cette maison contenoit environ vingt-quatre mille volumes. On y voyoit un modèle[561] en nacre de perles de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et deux beaux globes céleste et terrestre, faits par Coronelli en 1693[562].

[Note 561: Ce modèle leur avoit été donné par M. de
Vergennes, ministre des affaires étrangères, qui l'avoit
lui-même reçu des Turcs, chez qui il avoit été en
ambassade.]
[Note 562: Tous les bâtiments des Capucins ainsi que ceux
des Feuillans, qui étoient situés vis-à-vis, ont été
démolis; et sur ces vastes emplacements ont été percées
plusieurs rues nouvelles; _voyez_ l'article _Monuments
nouveaux_.]

LES RELIGIEUSES

DE L’ASSOMPTION.

Derrière les bâtiments des Capucins étoit le couvent de l’Assomption, dont il ne reste plus aujourd’hui que l’église. C’étoit la demeure d’une communauté de religieuses de l’ordre de saint Augustin, qui y avoient été établies en 1632 par le cardinal François de La Rochefoucauld. Ces religieuses, connues avant cette époque sous le nom d'Haudriettes, avoient alors leur maison à l’entrée de la rue de la Mortellerie, près de la Grève. Nous parlerons en son lieu de l’origine de cette communauté ou hospice; il ne sera question ici que de l’événement qui causa la translation de la plupart d’entre elles à la rue Saint-Honoré, translation qui excita dans le temps de vives réclamations, sur la justice desquelles les historiens sont partagés. L’exposition des faits, constatés par des actes et des titres authentiques, mettra le lecteur en état fixer son opinion.

La maison, fondée par Étienne Haudri, pour y recevoir de pauvres filles ou veuves, n’étoit pas dans son origine regardée comme un couvent régulier; mais il paroît certain que dans la suite les bonnes femmes de la chapelle des Haudriettes (c’est ainsi qu’elles sont qualifiées dans les actes du temps) formèrent une communauté régulière, assujettie, par le fait, aux lois et observances auxquelles étoient soumises les maisons religieuses. Cet état de choses duroit depuis plus de deux cents ans, lorsque les Haudriettes, considérant que leurs anciennes constitutions n’étoient point conformes à l’état religieux qu’elles avoient embrassé, sollicitèrent le cardinal de La Rochefoucauld d’y faire les changements que les circonstances exigeoient. Ce prélat qui, en sa qualité de grand aumônier, avoit juridiction sur cet hospice, acquiesça à leur demande, et jugea convenable de leur faire embrasser la règle de saint Augustin. Les religieuses s’y soumirent avec joie, et s’y engagèrent par des voeux solennels, le 27 novembre 1620. Ces changements furent aussitôt autorisés par le roi Louis XIII, et ensuite confirmés par une bulle de Grégoire XV, du 5 décembre 1622.

Deux ans après cette réforme, c’est-à-dire le 20 juillet de cette même année, les Haudriettes présentèrent requête au cardinal, à l’effet d’être transférées dans une autre maison, se plaignant que celle qu’elles occupoient étoit située dans un endroit malsain, trop voisin de la rivière, exposé souvent aux inondations, et par cela même peu propre aux exercices paisibles de la vie religieuse. Le réformateur ayant visité en personne l’ancien couvent, et vérifié la justice de ces plaintes, autorisa la translation dans un lieu plus salubre. On n’en trouva point qui fut plus convenable à l’exécution de ce dessein que la maison même que ce cardinal occupoit au faubourg Saint-Honoré. Six religieuses, qui seules, selon Jaillot, composoient alors toute la communauté des Haudriettes, furent, d’après leur propre demande, transférées dans l’hôtel du cardinal, où elles firent aussitôt construire et distribuer les logements d’une manière convenable à une communauté. Cette demeure nouvelle prit alors le nom du couvent de l’Assomption. Le titre de l’hôpital d’Étienne Haudri fut éteint et supprimé; on en réunit les revenus au nouveau monastère du faubourg Saint-Honoré; et l’emplacement qu’il occupoit fut destiné à des usages profanes, la chapelle exceptée.

Telle est l’exposition des faits sur lesquels les historiens sont à peu près d’accord; mais ils sont loin de l’être sur les motifs et l’utilité du changement des Haudriettes en religieuses de l’Assomption.

D’abord Sauval, et ceux qui l’ont aveuglément copié, ont hasardé, sans le moindre examen, une opinion injurieuse à la mémoire du cardinal de La Rochefoucauld, en lui supposant, dans cette réforme, des vues d’intérêt personnel pour la vente de son hôtel. Jaillot repousse avec chaleur un soupçon aussi avilissant, et justifie ce prélat par un fait matériel qui tranche toute discussion. C’est que, dès le 16 août 1605, il avoit vendu son hôtel aux jésuites, et que ce fut d’eux que les religieuses de l’Assomption l’achetèrent par contrat du 16 février


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