Full Text - Section 74
--Je ne savais pas, madame; et, à cause de ce qui s’est passé il y a quinze jours, je croyais que madame serait bien aise d’être avertie. Madame y est donc pour M. le marquis?
--Certainement! Allez! courez! de quoi vous mêlez-vous?
--Pardon, madame; mais c’est qu’on décharge les malles de M. le marquis. Est-ce qu’il va demeurer à l’hôtel?
--Et où voulez-vous qu’il demeure? Allez prendre soin de ses bagages.
--Pardon, madame; mais où faudra-t-il les porter?
--Où? sotte que vous êtes! dans la chambre de la marquise! Est-ce que la place d’un mari n’est pas auprès de sa femme?»
Gaston entra tout poudreux chez sa belle-mère, et son premier coup d’œil chercha Lucile absente. Mme Benoît, plus prévenante qu’aux meilleurs jours, répondit à ce regard:
«Vous cherchez Lucile? Elle dîne chez une amie; mais il est tard, vous la verrez avant une heure. Enfin, vous voici donc! Embrassez-moi, mon gendre; je vous pardonne.
--Ma foi! mon aimable mère, vous me volez le premier mot que je voulais vous dire. Que tous vos torts soient effacés par ce baiser!
--Si j’ai des torts, vous les aviez justifiés d’avance par cette incroyable manie dont vous êtes enfin corrigé! Vouloir vivre avec les loups à votre âge! Avouez que c’était de l’aveuglement et rendez grâces à celle qui vous a éclairé! N’êtes-vous pas mieux ici que partout ailleurs? et peut-on vivre une vie humaine hors de Paris?
--Pardon, madame, mais je ne suis pas venu à Paris pour y vivre.
--Et pour quoi donc faire? pour y mourir?
--Je n’y resterai pas assez longtemps pour que la nostalgie m’emporte. Je suis venu à Paris pour chercher ma femme et faire une visite indispensable.
--Vous comptez ramener ma fille à Arlange?
--Le plus tôt qu’il sera possible.
--Et elle vous accompagnera dans ce terrier?
--Il me semble qu’elle le doit.
--Lui commanderez-vous de vous suivre de par la loi, et votre amour se fera-t-il escorter de deux gendarmes?
--Non, madame; je renoncerais à mes droits s’il fallait les réclamer devant les tribunaux; mais nous n’en sommes pas là: Lucile me suivra par amour.
--Par amour de vous ou d’Arlange?
--De l’un et de l’autre, de la forge et du forgeron.
--Vous en êtes sûr?
--Sans fatuité, oui.
--Nous verrons bien. Et peut-on savoir quelle est cette visite indispensable qui partage avec ma fille l’honneur de vous attirer à Paris?
--Ne vous faites point d’illusions; c’est une visite où vous ne pouvez pas venir avec moi.
Looking for comments…
Searching Nostr relays. This may take a moment the first time this article is opened.
Looking for comments…
Searching Nostr relays. This may take a moment the first time this article is opened.