Full Text - Section 65

--Vous avez raison, madame: demandez-moi tout au monde, hormis une seule chose; et je n’ai rien à vous refuser. Mais j’ai juré de ne plus remettre les pieds dans le faubourg.

--Au nom du ciel, pourquoi ne me l’avez-vous pas dit?

--Vous ne me l’avez pas demandé.»

En quittant Gaston, Mme Benoît dit trois mots à sa femme de chambre et quatre à son cocher. Elle ne parla plus au marquis du premier semestre de ses rentes.

Le soir, au bal, Lucile eut un succès de beauté et de bonheur. Aucune des femmes présentes ne se souvenait d’avoir vu une mariée aussi franchement heureuse. Tous les jeunes gens envièrent le sort de Gaston, suivant l’usage; je ne me permettrai pas de dire que personne ait envié celui de Lucile. A deux heures du matin, danseurs et danseuses étaient partis, et les mariés restaient sur la brèche: Mme Benoît avait jugé convenable qu’ils fermassent le bal comme ils l’avaient ouvert. Cette tendre mère, dont le front semblait voilé d’un léger nuage, demanda la grâce de causer un quart d’heure avec sa fille, et elle la conduisit dans la chambre nuptiale, au rez-de-chaussée, tandis que Gaston, qui avait à secouer la poussière du bal, retourna pour la dernière fois à son petit appartement du second étage. En descendant le grand escalier, il fut surpris d’entendre le bruit d’une voiture qui s’éloignait au grand trot. Il entra dans la chambre nuptiale: elle était vide. Il passa chez Mme Benoît: toutes les portes étaient ouvertes et l’appartement désert. Des souliers de satin, deux robes de bal et un grand désordre de vêtements jonchaient le tapis. Il sonna; personne ne vint. Il sortit sous le vestibule et se rencontra face à face avec la physionomie rustaude du petit palefrenier Jacquet. Il le saisit par sa blouse: «Est-ce que je ne viens pas d’entendre une voiture?

--Oui, monsieur: faudrait être sourd…​.

--Qui est-ce qui s’en va si tard, après tout le monde?

--Mais, monsieur, c’est madame et mademoiselle dans la berline, avec le gros Pierre et Mlle Julie.

--C’est bien. Elles n’ont rien dit? Elles n’ont rien laissé pour moi?

--Pardonnez, monsieur, puisque madame a laissé une lettre.

--Où est-elle?

--Elle est ici, monsieur, sous la doublure de ma casquette.

--Donne donc, animal!

--C’est que je l’ai fourrée tout au fond, voyez-vous, crainte de la perdre. La voilà!»

Gaston courut sous la lanterne du vestibule, et lut le billet suivant: «Mon cher marquis, dans l’espérance que l’amour et l’intérêt bien entendu sauront vous arracher à ce cher Arlange, je transporte à Paris votre femme et votre argent: venez les prendre!»

III

Gaston froissa le billet de Mme Benoît et l’enfonça dans sa poche. Puis il se retourna vers Jacquet, qui le regardait niaisement en roulant sa casquette entre ses mains: «Madame la marquise ne t’a rien dit?

--Mademoiselle? Non, monsieur; elle ne m’a pas seulement regardé.

--Y a-t-il un chemin de traverse pour aller à Dieuze?

--Oui, monsieur.

--Il abrége?

--D’un bon quart d’heure.

--Selle-moi Forward et Indiana. Attends! je vais t’aider. Tu me montreras le chemin. Un louis pour toi si nous arrivons avant la voiture.»

Une demi-heure après, Jacquet en blouse et le marquis en habit de noce s’arrêtaient devant la poste de Dieuze. Jacquet réveilla un garçon d’écurie et s’informa si l’on avait demandé des chevaux dans la nuit. La réponse fut bonne: aucun voyageur ne s’était montré depuis la veille.

«Tiens, dit le marquis à Jacquet, voici les vingt francs que je t’ai promis.


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