Full Text - Section 42

«Regarde-moi dans les yeux,» lui dit-il.

Victorine éprouvait cette première transfiguration que l’amour heureux produit chez les jeunes filles: elle s’épanouissait.

«Aimerais-tu quelqu’un?» lui demanda son père.

Elle l’embrassa pour toute réponse.

«Il est noble?

--Comme un roi.

--Riche?

--Comme ma tante.

--Beau?

--Comme toi, mon bon père; et brave, et fier, et spirituel comme toi!

--Nous le connaissons?

--Vous l’avez vu; mais vous ne le connaissez pas.

--Où l’as-tu rencontré?

--A l’ambassade d’Espagne, l’hiver dernier.

--Il y a un siècle!

--Oui; je suis restée six mois sans nouvelles.

--Il t’a oubliée?

--Non.

--Comment le sais-tu?

--J’en ai les preuves.

--Je ne te demande pas s’il t’a écrit: tu es ma fille.

--Oh! mon père!

--Qui est-ce donc? Dis-nous son nom!»

Victorine eût été fort embarrassée de répondre. Mme Michaud dit au marquis: «Tu lui as fait peur; la voilà tout assotée. Laisse-moi seule avec elle, elle me dira son secret.»

Je ne sais comment Victorine s’y prit pour ensorceler sa tante. Le fait est qu’elle ne lui dit pas son secret, et qu’elle l’enrôla dans une conspiration contre les prétendants. On se promit de leur prouver à eux-mêmes qu’ils n’avaient d’amour que pour la fortune de Mme Michaud. Victorine eut bientôt fait son siége; l’amour est un grand maître en stratégie. Séance tenante, elle découpa, dans un volume de la Bibliothèque bleue, la phrase suivante, qui fut mise sous enveloppe à l’adresse de M. Lefébure:


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