Full Text - Section 26

--Peste! Il y en a donc pour tout le monde!

--Une affaire magnifique, te dis-je…​. Je commence à faire ma cour.

--Bravo!

--Le diable est qu’il y a des avances à faire, des bouquets, des cadeaux, et je suis momentanément sans le sou.

--Je te croyais à ton aise.

--On ne me paye pas mes rentes. Ah! mon cher ami, te préserve le ciel d’avoir jamais des fermiers!

--Tu veux de l’argent? Voici.

--Deux cents francs! que veux-tu que je fasse de deux cents francs?

--On a pas mal de bouquets pour ce prix-là. Mais s’il te faut les cinq cents reviens à midi, je te les remettrai.

--Mon cher bon, je vois avec douleur que nous sommes loin de compte. Il faudrait, pour bien faire, que tu pusses me prêter dix billets de mille.

--Pour tes bouquets?

--Pour mes bouquets et pour autre chose. As-tu peur de moi? Ne suis-je pas bon pour dix mille francs?

--Tout beau! ne te fâche pas. Tu sais que je puis me marier d’un moment à l’autre. J’ai annoncé cinquante mille; si je n’ai pas mon compte, le père Gaillard poussera les hauts cris.

--Tu lui présenteras mon titre.

--Voilà qui change la thèse. Ah! si tu me donnes un titre, je n’ai plus d’objection à faire. Où sont tes propriétés?

--Une hypothèque! Pour qui me prends-tu? On donne une hypothèque à un usurier; mais je croyais qu’avec un ami il suffisait d’une signature. Je t’offre ma signature!

--Bien obligé!

--Tu me refuses?

--Positivement.

--Tu ne sais pas ce qui peut arriver!

--Advienne que pourra!

--Ton mariage n’est pas encore fait.

--Qu’est-ce à dire? et sur quel ton le prends-tu?

--Je te donne vingt-quatre heures de réflexion. Si demain…​.»

Le peintre n’en entendit pas davantage. Il ouvrit la porte, saisit Chingru par les épaules et le lança horizontalement sur une corbeille d’hortensias qui ne s’en releva jamais.


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