Full Text - Section 18

--Bravo! bravo! hurla M. Morlot.

--Oui, monsieur,» répondit M. Auvray.

  1. Morlot courut au docteur et lui dit: «Vous n’êtes pas le médecin; vous êtes un pensionnaire de la maison!

--Mon ami, répondit le docteur, si vous n’êtes pas sage, nous vous donnerons une douche.»

  1. Morlot recula d’épouvante. Son neveu poursuivit:

«Monsieur, j’aime mademoiselle votre fille, j’ai quelque espoir d’en être aimé, et pourvu que ses sentiments n’aient pas changé depuis le mois de septembre, j’ai l’honneur de vous demander sa main.»

Le docteur répondit: «C’est donc à monsieur François Thomas que j’ai l’honneur de parler?

--A lui-même, monsieur, et j’aurais dû commencer par vous apprendre mon nom.

--Monsieur, permettez-moi de vous dire que vous vous êtes bien fait attendre.»

A ce moment, l’attention du docteur fut attirée par M. Morlot, qui se frottait les mains avec une sorte de rage.

«Qu’avez-vous, mon ami? lui demanda-t-il de sa voix douce et paternelle.

--Rien, rien; je me frotte les mains.

--Et pourquoi?

--J’ai quelque chose qui me gêne.

--Montrez: je ne vois rien.

--Vous ne voyez pas? là, là, entre les doigts. Je le vois bien, moi!

--Que voyez-vous?

--L’argent de mon neveu. Otez-le, docteur! Je suis un honnête homme; je ne veux rien à personne.»

Tandis que le médecin écoutait attentivement les premières divagations de M. Morlot, une étrange révolution s’opérait dans la personne de François. Il pâlissait, il avait froid, ses dents claquaient avec violence. M. Auvray se retourna vers lui pour lui demander ce qu’il éprouvait.

«Rien, répondit-il; elle vient, je l’entends; c’est la joie…​. mais j’en suis accablé. Le bonheur tombe sur moi comme de la neige. L’hiver sera rigoureux pour les amants. Docteur, regardez donc ce que j’ai dans la tête.»

  1. Morlot courut à lui en criant:

«Assez! ne déraisonne plus! Je ne veux plus que tu sois fou. On dirait que c’est moi qui t’ai volé ta raison. Je suis honnête. Docteur, voyez mes mains; fouillez dans mes poches; envoyez chez moi, rue de Charonne, au faubourg Saint-Antoine; ouvrez tous les tiroirs; vous verrez que je n’ai rien à personne!»

Le docteur était fort embarrassé entre ses deux malades, lorsqu’une porte s’ouvrit, et Claire vint annoncer à son père que le déjeuner était sur la table.

François se leva comme par ressort; mais sa volonté seule courut au-devant de Mlle Auvray. Son corps retomba lourdement sur le fauteuil. A peine s’il put balbutier quelques mots.

«Claire! c’est moi. Je vous aime. Voulez-vous?…​»


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