Full Text - Section 16

--Tant mieux! un aliéné qui dort et qui mange régulièrement est à peu près incurable. Permettez-moi de le réveiller.»

  1. Auvray secoua doucement l’épaule du dormeur, qui se dressa en pieds. Son premier mouvement fut de se frotter les yeux. Lorsqu’il vit ses mains liées, il devina ce qui s’était passé durant son sommeil, et il partit d’un grand éclat de rire. «La bonne plaisanterie!» dit-il.

François tira le docteur à part.

«Vous voyez! Eh bien, dans cinq minutes, il sera furieux.

--Laissez-moi faire. Je sais comment il faut les prendre.» Il sourit au malade comme à un enfant qu’on veut amuser. «Mon ami, lui dit-il, vous vous éveillez de bonne heure; avez-vous fait de bons rêves?

--Moi! je n’ai pas rêvé. Je ris de me voir lié comme un fagot. On dirait que c’est moi qui suis le fou.

--Là! dit François.

--Ayez la bonté de me débarrasser, docteur; je m’expliquerai mieux quand je serai à mon aise.

--Mon enfant, je vais vous délier; mais vous promettez d’être bien sage?

--Ah çà, monsieur, est-ce qu’en bonne foi vous me prenez pour un fou?

--Non, mon ami, mais vous êtes malade. Nous vous soignerons, nous vous guérirons. Tenez! vos mains sont libres, n’en abusez pas.

--Que diable voulez-vous que j’en fasse? Je vous amenais mon neveu…​.

--Bien! dit M. Auvray; nous parlerons de cela tout à l’heure. Je vous ai trouvé endormi; vous arrive-t-il souvent de dormir le jour?

--Jamais! c’est ce bête de livre…​.

--Oh! oh! fit l’auteur, le cas est grave. Ainsi vous croyez que votre neveu est fou?

--A lier, monsieur; et la preuve, c’est que j’ai dû lui attacher les mains avec cette corde.

--Mais c’est vous qui aviez les mains attachées. Vous ne vous souvenez pas que je viens de vous délivrer?

--C’était moi, c’était lui. Laissez-moi donc vous expliquer toute l’affaire!

--Chut! mon ami, vous vous exaltez, vous êtes très-rouge: je ne veux pas que vous vous fatiguiez. Contentez-vous de répondre à mes questions. Vous dites que votre neveu est malade?

--Fou! fou! fou!

--Et vous êtes content de le voir fou?

--Moi?

--Répondez-moi franchement. Vous ne voulez point qu’il guérisse, n’est-ce pas?

--Pourquoi?

--Pour que sa fortune reste entre vos mains. Vous voulez être riche? Il vous fâche d’avoir travaillé si longtemps sans faire fortune? Vous pensez que votre tour est venu?»


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