Full Text - Section 43

VIVIANE.

Nous voici tout prêts.

DIOTIME.

Disons auparavant quelques mots de la vie de Gœthe, sans laquelle sa tragédie ne s’expliquerait guère mieux que la Comédie sans la vie de Dante; et malgré vos préventions, Élie, peut-être en viendrez-vous à convenir que si ces deux génies sont pour moi comme un seul guide et un seul maître, et si, en éclairant l’une par l’autre leur œuvre et leur vie, je vois s’en dégager l’idéal complet de la conscience et de la destinée humaine, une sorte de poétique du salut, passez-moi l’expression, il pourrait bien y avoir là autre chose qu’un jeu de mon esprit et le goût puéril du paradoxe.

ÉLIE.

Vous êtes sévère pour vos amis, Diotime; mais je l’ai mérité, et j’implore mon pardon.

Diotime tendit la main à Élie en s’excusant à son tour de sa vivacité. Par une question jetée à la traverse, Viviane coupa court à ce petit incident.

VIVIANE.

L’ai-je rêvé, ou ne m’avez-vous pas dit que vous avez connu Gœthe?

DIOTIME.

Je l’ai vu une fois, étant tout enfant.

VIVIANE.

Et vous vous en souvenez?

DIOTIME.

Comme si c’était hier.

MARCEL.

Où donc avez-vous vu le grand homme?

DIOTIME.

À Francfort, un 1815. Vous savez que ma mère était Allemande.

MARCEL.

Il y paraît bien un peu, sans reproche.

DIOTIME.

Sa famille était en relation d’amitié et de bon voisinage avec la famille de Gœthe. La mère de Wolfgang venait très-fréquemment chez ma grand’mère. C’est là qu’eut lieu la majestueuse entrevue de Frau Rath avec Mme de Staël, si plaisamment racontée par Bettina. C’est dans la maison de campagne tout proche de la ville, où ma grand’mère passait ses étés et où vous êtes allé voir l'Ariane de Dannecker, que j’entendis pour la première fois le nom de Gœthe…​

MARCEL.

Et que le dieu vous apparu! Vous rappelez-vous en quelles circonstances?


Looking for comments…

Searching Nostr relays. This may take a moment the first time this article is opened.