Full Text - Section 32
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gli occhi casti Di Marzia tua,
que Virgile, associant ainsi les deux idées saintes de l’amour et de la liberté, implore de Caton l’accès de la montagne purificatrice. C’est la plus belle doctrine religieuse et morale qui se puisse concevoir, et jamais elle ne sera dépassée.
La montagne du Purgatoire, située au milieu des eaux, est divisée, comme l’enfer, en neuf cercles ou plates-formes, où règne un clair-obscur mélancolique, et présidés chacun par un ange céleste. Là, plus de cris, plus de hurlements, mais les soupirs, les larmes, les chants pieux des humbles et amoureuses espérances:
Luogo è laggiù non tristo da martiri Ma di tenebre solo, ove i lamenti. Non suonan com guai, ma son sospiri.
Au premier cercle ou anté-purgatoire sont les âmes négligentes et tardives au repentir. Puis, ainsi que dans l’Enfer, nos poëtes passent en revue les sept péchés capitaux. De degré en degré, avec une fatigue moindre, ils montent jusqu’au sommet où s’offrent à leur vue les ombrages délicieux du paradis terrestre:
Questa montagna è tale Che sempre al cominciar di sotto è grave. E quanto nom più va su, e men fa male:
Cette montagne est telle Que toujours au commencement, en bas, elle est plus pénible; Et plus l’homme monte, moins il a de peine à monter.
dit Virgile, exprimant ainsi, avec une simplicité naïve, une des plus hautes doctrines de l’éthique chrétienne.
ÉLIE.
C’était une doctrine connue de la plus haute antiquité. Dans les Travaux et les Jours, il est dit que la route de la vertu est escarpée et d’abord hérissée d’obstacles, mais que, en approchant du sommet, on la trouve facile.
DIOTIME.
Dans cette seconde cantique, comme dans la première, l’inspiration poétique et l’idée morale sont à la fois très-personnelles et très-générales. L’expiation du purgatoire comme la réprobation de l’enfer se rapportent symboliquement à Dante, à l’Italie, à la société. La liberté que le poëte retrouve sous les traits de Caton, en quittant les fatalités de l’abîme; les vertus primitives dont la sainte lumière illumine le sentier au sortir des ténèbres sataniques; l’humble jonc baigné de la rosée du matin qui rafraîchit les tempes du voyageur fatigué et qui en enlève toute trace de la fumée infernale; la barque légère qui glisse sur les ondes, conduite par un céleste nocher, et qui retentit du chaut de délivrance In exitu Israël; les différents degrés de la purification par le repentir, par le détachement des convoitises d’ici-bas, par la contemplation et le désir de la sagesse divine; ces eaux salutaires où, en perdant la mémoire des maux passés, on se retrempe pour une vie nouvelle, tout cela n’est que figure, allégorie, images tour à tour bibliques, chrétiennes, pythagoriciennes ou platoniciennes, du progrès de l’homme vers Dieu. Dans cette cantique, dont la diction et le mode s’assouplissent et se rassérènent, se font suaves et pénétrants comme le sujet dont le poëte s’inspire, Dante a prodigué les fraîches images, les apparitions charmantes de femmes et d’artistes.
C’est là qu’il rencontre son ami Casella, qui lui chante une de ses propres canzoni:
Amor che nella mente mi ragiona, Cominciò egli allor si dolcemente Che la dolcezza ancor dentro mi suona.
Et les ombres, attirées par ce chant délicieux, s’assemblent autour de Casella, s’y oublient, ainsi que des colombes autour de l’oiselier.
Come quando, cogliendo biada o loglio, Gli colombi adunati alla pastura. Queti, senza mostrar l’usato orgoglio.
Un peu plus loin, Belacqua, le fameux guitariste, Sordello, le troubadour aimé des femmes, Arnaldo Daniello, gran' maestro d’amor; puis aussi ce doux complice de la vie mondaine, que Dante chérit au point de souhaiter mourir pour le rejoindre bientôt, Forese Donati; et cette mystérieuse Pia, à peine entrevue à travers le voile funèbre des vapeurs de la Maremme, qui prie Dante de se souvenir d’elle, et de qui la postérité se souvient à jamais;
Ricorditi di me, che son la Pia.
Et cette Sapia, qui ne fut pas sage, dit-elle avec une grâce charmante,
Savia non fui, avvegna che Sapia fossi chiamata.
Car, exaltée par la victoire des siens, elle défia le sort, comme le merle affolé qui, dans les beaux jours d’hiver, croit le printemps venu, et s’en va sifflant par les bois.
Come fe il merlo per poca bonaccia.
Et cet Oderisi, le miniaturiste, l'enlumineur célèbre, l'honneur d’Agubbio, qui proclame la gloire de Giotto au-dessus de Cimabue! Comment choisir entre tant de tableaux enchanteurs! entre ces entretiens rapides, entre ces murmures bienveillants qu’échangent les ombres dans une atmosphère azurée, toute pénétrée déjà du souffle de la grâce divine, dans cette admirable cantique que Balbo appelle si bien un crescendo d’amor!
ÉLIE.
Mais, si mes souvenirs ne me trompent, il y a aussi dans le Purgatoire des passages satiriques, des invectives terribles contre la démocratie florentine et la cour de Rome.
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