Full Text - Section 31
Dolce color d' oriental zaffiro, Che s’accoglieva nel sereno aspetto Dell' aer puro infino al primo giro,
Agli occhi miei ricominciò diletto.
Les astres reparaissent à sa vue; mais ce sont les astres d’un autre hémisphère où brille d’un éclat merveilleux la Croix du Sud, il Crociero. Dante salue avec transport cette constellation inconnue aux hommes du Septentrion.
O settentrional vedovo sito Poichè privato se' di mirar quelle!
ÉLIE.
Comment Dante a-t-il pu parler de la Croix du Sud, découverte plus de trois cents ans après sa mort?
DIOTIME.
C’est le souci des commentateurs, mon cher Élie. Car, en effet, les quatre étoiles de la Croix du Sud, que Dante décrit avec cet étonnement naïf qui donne aux peintures homériques un si grand charme, n’ont été introduites par les astronomes dans la sphère céleste que vers la fin du XVIIe siècle. Au temps de l’Allighieri, aucun Européen ne les avait encore vues. Mais les Arabes les connaissaient et on suppose que par eux les Italiens pouvaient en avoir eu quelque idée. D’autres croient que Marco Polo, qui avait passé les tropiques, avait parlé du Crociero à ses compatriotes. Beaucoup de commentateurs ne voient dans ces quatre étoiles qu’une allégorie des quatre vertus cardinales, et ils se fondent sur ce vers où le poëte parle des quatre lumières saintes:
Li raggi delle quattro luci sante.
Quoi qu’il en soit, à peine Dante a-t-il poussé son exclamation de joyeuse surprise, qu’il se trouve, avec Virgile, sur des rivages doucement éclairés, en présence d’un vieillard vénérable, Caton d’Utique.
MARCEL.
Caton d’Utique, à l’entrée du purgatoire!
ÉLIE.
L’évêque Synésius met bien, dans un de ses hymnes grecs, le chien Cerbère aux portes de l’enfer catholique.
DIOTIME.
Cela n’avait rien alors d’offensant, ni pour le goût, ni pour la foi. Dante a dit de Caton dans le Convito que jamais créature terrestre n’avait été plus digne de servir le vrai Dieu. Nous avons vu qu’il était considéré comme type de la vertu profane et que l’Église admettait à cette époque le salut des justes de l’antiquité. Elle avait adopté de cette croyance une très-poétique expression; elle reconnaissait trois baptêmes: le baptême d’eau, le baptême de sang (le martyre), et le baptême de désir.
ÉLIE.
Cela est beau; mais pourtant, mettre Caton dans le purgatoire, c’est y mettre en quelque sorte l’apologie du suicide, ce qui n’est guère catholique.
DIOTIME.
Rappelons-nous ce que nous avons eu occasion déjà de reconnaître au sujet de cette disposition bienveillante du catholicisme primitif. Caton, en quittant volontairement la vie mortelle, croyait à l’immortalité. Pour s’affermir dans sa résolution, il se faisait lire Platon, le divin. On pouvait hardiment le ranger parmi ces hommes que vante saint Paul et qui, «n’ayant pas connu la Loi, ont été à eux-mêmes leur loi;» et puis il était mort pour la liberté, cet idéal des grandes âmes. Dans le de Monarchia, Dante loue Caton d’avoir voulu librement mourir plutôt que de vivre asservi. Et ici je voudrais revenir encore avec vous à ce que nous disions des opinions catholiques et monarchiques de Dante. Avec son droit de la monarchie,
Jura Monarchiæ, superos, Phlegelonta, lacusque Lustrando, cecini, voluerunt fata quousque.
avec son empire céleste et son empire terrestre, son césar et son pontife, Dante n’en garde pas moins pour idéal suprême la liberté. En ses commencements, c’était aussi l’idéal de l’Église chrétienne qui considérait le péché comme un esclavage de l’âme. C’est librement, du plein consentement de l’âme coupable, c’est avec amour que le péché s’expie dans le Purgatoire de Dante; et c’est pourquoi il fait luire sur le seuil la belle planète qui invite à aimer, lo bel pianeta ch' ad amar conforta, l’étoile de Vénus. C’est avec une liberté joyeuse que l’âme purifiée, maîtresse d’elle-même, s’élève dans le ciel jusqu’à la claire vue de Dieu. Libero, dritto, sano è tuo arbitrio, dira Virgile à Dante en le quittant à l’entrée du paradis terrestre. Lorsqu’il explique à Caton, le vieillard juste et vénérable, comme il l’a fait à cet autre vieillard, le démoniaque Caron, aux abords de l’enfer (il y a dans toute la Comédie de ces parallélismes), par quel ordre et dans quel dessein Dante vient en ces lieux, le chantre de l'Énéide dit ces beaux vers souvent cités:
Libertà va cercando, ch’è si cara, Come sa chi per lei vita rifiuta.
Il va cherchant la liberté, qui est si chère, Comme sait celui qui pour elle a quitté la vie.
C’est au nom de l’amour encore, en rappelant les chastes yeux de Murcie,
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